L’automne 2024 est riche en incertitudes. Tensions géopolitiques, résultats électoraux qui font bouger les marchés, inquiétudes sur la croissance mondiale, nervosité sur les taux. Les marchés ont connu plusieurs semaines agitées. Et dans ce contexte, les manchettes financières se succèdent avec une constance anxiogène : « Les marchés pourraient corriger », « Attention à la surchauffe », « Les experts s’inquiètent de… »
Chaque matin, vous pouvez lire des raisons de vous inquiéter. Et c’est vrai depuis que les marchés financiers existent.
Pourquoi les médias financiers sont structurellement anxiogènes ?
Ce n’est pas une conspiration. C’est un modèle économique.
Les médias vivent de l’audience. L’anxiété génère de l’audience. « Les marchés ont légèrement progressé ce mois-ci en ligne avec les tendances historiques » n’est pas un titre. « Les marchés craignent une récession mondiale » en est un. La presse financière amplifie mécaniquement les signaux négatifs parce que la peur retient l’attention plus longtemps que le calme.
À cela s’ajoute le biais de disponibilité, documenté dans les travaux de Daniel Kahneman : nous surestimons la probabilité des événements dont nous entendons souvent parler. Si vous lisez cinq articles par semaine sur un risque de récession, ce risque vous semble bien plus probable qu’il ne l’est statistiquement.
Pour un investisseur de long terme, s’exposer quotidiennement à l’actualité financière anxiogène n’apporte aucune information utile à la décision. Elle crée en revanche les conditions d’une décision émotionnelle, qui sera statistiquement mauvaise.
Comment filtrer ce qui mérite votre attention de ce qui ne le mérite pas ?
Une règle simple que j’applique depuis que j’investis : une actualité financière mérite votre attention seulement si elle change l’un des trois paramètres de base de votre stratégie.
Paramètre 1 : votre horizon de placement. Si votre horizon est à dix ou quinze ans, aucune actualité à six mois ne change cet horizon.
Paramètre 2 : votre tolérance à la volatilité. Si vous avez défini que vous pouvez supporter une baisse de 30 % sans vendre, une baisse de 10 % ce trimestre ne change pas ce paramètre.
Paramètre 3 : votre besoin de liquidité à court terme. Si votre épargne de précaution est intacte et que vous n’avez pas de gros projet financier immédiat, la nervosité des marchés ne crée pas de besoin de liquidité nouveau.
Si aucun de ces trois paramètres n’est affecté par une actualité, cette actualité n’appelle aucune décision de votre part. Vous pouvez la lire par curiosité intellectuelle. Vous ne devez pas en tirer d’action sur votre portefeuille.
Que faire concrètement quand vous sentez l’envie d’agir monter ?
L’envie d’agir en période de turbulences est une réaction normale et humaine. Ce n’est pas une faiblesse. C’est le mécanisme de protection contre la perte que votre cerveau active automatiquement. Le problème est que ce mécanisme est calibré pour des risques physiques immédiats, pas pour des investissements à dix ans.
Deux techniques concrètes que j’utilise personnellement.
La première : lire le document de stratégie que j’ai écrit au moment d’investir. J’y avais noté mon horizon, mon allocation cible, et une phrase sur ce que je ferais en cas de baisse de marché (« je ne vends pas, je continue mes versements automatiques »). Lire ce document au moment où je ressens l’envie d’agir me ramène à la décision rationnelle prise de sang-froid.
La seconde : ne pas regarder mon portefeuille pendant les périodes agitées. Si je ne vois pas les chiffres en rouge, je n’ai pas d’information concrète à traiter, et l’envie d’agir reste abstraite. Ce que je ne mesure pas ne me coûte rien.
Y a-t-il des situations où l’actualité doit vraiment déclencher une action ?
Oui, deux cas concrets.
Si votre situation personnelle change (perte d’emploi, dépense imprévue importante), c’est le moment de vérifier que votre épargne de précaution est suffisante. Ce n’est pas une réaction à l’actualité des marchés. C’est une réponse à un changement de votre situation personnelle.
Si une actualité réglementaire ou fiscale affecte directement vos enveloppes (modification du plafond du PEA, changement de fiscalité sur l’assurance vie), c’est une information utile. Mais ce type d’actualité est rare, annoncé longtemps à l’avance, et ne requiert généralement pas d’action immédiate.
Tout le reste — tensions géopolitiques, chiffres macroéconomiques, déclarations de banques centrales — n’appelle aucune action sur votre portefeuille long terme.
FAQ
Est-ce qu’ignorer l’actualité financière ne revient pas à investir à l’aveugle ?
Non. Ignorer les fluctuations de court terme et les narratifs médiatiques ne signifie pas ignorer les fondamentaux. Un investisseur en ETF indiciel a fait un choix délibéré : faire confiance au marché mondial dans son ensemble sur le long terme, plutôt qu’à ses propres capacités de sélection ou de timing. Ce n’est pas de l’aveuglement. C’est une stratégie basée sur des données empiriques solides.
Comment différencier une vraie crise systémique d’un mouvement normal de volatilité ?
Les vraies crises systémiques (2008, Covid de mars 2020) se caractérisent par des baisses rapides et sévères (30 à 50 % en quelques semaines), et par des inquiétudes sur le fonctionnement même du système financier. Même dans ces cas, l’histoire montre que les marchés ont systématiquement récupéré dans les années qui suivent. La réponse appropriée pour un investisseur de long terme reste identique : ne pas vendre, continuer les versements si possible.
Faut-il couper ses sources d’information financière en période d’agitation ?
Pas nécessairement. Mais réduire la fréquence d’exposition peut aider. Passer d’une consultation quotidienne à une consultation hebdomadaire ou mensuelle réduit le nombre de stimuli anxiogènes sans vous priver d’information utile. Si une actualité est vraiment importante pour votre stratégie, vous l’apprendrez de toute façon.