Assurance vie : ce que votre banquier ne vous dit jamais (et pourquoi)

L'assurance vie est le placement préféré des Français, avec plus de 1 800 milliards d'euros investis selon la Fédération Française de l'Assurance. Et pourtant, la plupart des…

L’assurance vie est le placement préféré des Français, avec plus de 1 800 milliards d’euros investis selon la Fédération Française de l’Assurance. Et pourtant, la plupart des gens qui en ont une ne savent pas vraiment comment elle fonctionne. Ils l’ont ouverte parce que leur banquier leur a dit que c’était bien. Ils y laissent de l’argent. Ils ne touchent pas trop.

Le problème n’est pas d’avoir une assurance vie. Le problème, c’est de ne pas savoir ce qu’on y paie, ce qu’on y gagne, et ce qu’on rate en ne la choisissant pas mieux.


Pourquoi le nom « assurance vie » prête à confusion (et ce que c’est vraiment) ?

Commençons par lever le malentendu principal. Une assurance vie, ça n’a rien à voir avec une assurance décès. Ce n’est pas un produit qui vous rembourse quand vous mourez. C’est une enveloppe fiscale d’investissement, un contenant dans lequel vous placez de l’argent, qui est géré et fait fructifier.

Le nom vient du fait qu’à l’origine, ce contrat prévoyait un versement en cas de vie à une date déterminée, ou en cas de décès. Aujourd’hui, dans son usage courant, c’est avant tout un outil d’épargne à moyen et long terme, avec des avantages fiscaux significatifs.

Autrement dit : si vous cherchez à protéger votre famille financièrement en cas de décès, vous avez besoin d’une assurance décès (ou prévoyance). Si vous cherchez à faire fructifier votre épargne dans un cadre fiscal avantageux, alors l’assurance vie est le bon outil. Les deux choses s’appellent parfois pareil. Ce n’est pas la même chose.


Quels sont les vrais avantages de l’assurance vie que peu de gens connaissent ?

Il y en a trois qui méritent qu’on s’y arrête.

L’avantage fiscal sur les gains. Après huit ans de détention d’un contrat, vous bénéficiez d’un abattement annuel sur les gains lors des retraits : 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple marié ou pacsé. Concrètement, si vous rachetez une partie de votre assurance vie chaque année après huit ans, une fraction de vos gains peut ne pas être imposée du tout, selon votre niveau de retrait. Avant huit ans, une fiscalité s’applique, mais elle reste plus favorable que sur un compte-titres ordinaire.

La transmission hors succession. C’est l’avantage le plus méconnu et probablement le plus puissant. L’assurance vie n’entre pas dans la succession au sens classique du terme. Vous pouvez désigner librement un ou plusieurs bénéficiaires, qui recevront le capital hors droits de succession, dans la limite de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements effectués avant vos 70 ans. C’est un outil de transmission patrimoniale que les notaires conseillent depuis des décennies, mais dont beaucoup d’épargnants ordinaires ignorent l’existence.

La flexibilité des versements. Contrairement à ce que certains imaginent, l’assurance vie n’est pas un placement « bloqué ». Vous pouvez effectuer des versements libres quand vous le souhaitez, et demander un rachat partiel (retrait) à tout moment. Votre argent reste accessible. Vous perdez simplement les avantages fiscaux si vous retirez avant huit ans dans des proportions importantes.


Ce que votre banquier ne vous montre pas toujours avant de vous faire signer ?

Les frais.

Une assurance vie bancaire classique peut cumuler plusieurs couches de coûts : frais sur versement (parfois 3 à 4 % de chaque euro que vous versez), frais de gestion annuels sur l’encours, et frais des fonds dans lesquels votre argent est investi. Ces coûts s’additionnent, et sur dix ou vingt ans, leur impact sur votre capital final est considérable.

Un exemple pour rendre ça concret. Supposons que vous versez 200 € par mois pendant vingt ans, avec un rendement brut annuel de 4 %. Avec des frais totaux annuels de 2 %, votre capital net sera environ 20 % inférieur à ce qu’il serait avec des frais de 0,5 %. Sur vingt ans, cette différence peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Les assureurs en ligne ont changé la donne sur ce point. Des contrats comme ceux proposés par Linxea, Fortuneo ou Boursorama affichent des frais sur versement à zéro et des frais de gestion entre 0,5 % et 0,75 % par an. Ce sont ces chiffres qu’il faut chercher, comparer, et exiger de voir avant de signer quoi que ce soit.

Quand j’ai ouvert mon propre contrat début 2022, j’ai choisi un assureur en ligne après avoir comparé plusieurs offres. La différence de frais avec le contrat que ma banque m’avait proposé quelques mois plus tôt était réelle et documentée. Ce n’est pas une question de confiance envers votre banquier. C’est une question de transparence sur un produit que vous allez garder pendant des décennies.


Fonds euros ou unités de compte : dans quoi investit réellement votre argent ?

Une assurance vie contient deux grandes familles de supports.

Le fonds euros est le support garanti : votre capital ne peut pas baisser. Les intérêts sont définitivement acquis chaque année (c’est le fameux « effet cliquet »). En contrepartie, le rendement est limité. En 2021, le rendement moyen des fonds euros en France était autour de 1,3 % brut, soit environ 1,1 % net après prélèvements sociaux (17,2 %). C’est mieux que le compte courant, mais l’inflation de 2022 le met en difficulté.

Les unités de compte (ou UC) sont des supports investis sur des marchés financiers : actions, obligations, immobilier, etc. Elles ne sont pas garanties en capital : leur valeur peut monter ou baisser. En contrepartie, elles offrent un potentiel de rendement bien supérieur sur le long terme. C’est là qu’on place des ETF, ces fonds indiciels qui répliquent des indices comme le MSCI World et qui représentent l’essentiel de ma stratégie personnelle depuis que j’ai commencé à investir.

La plupart des contrats modernes permettent de panacher les deux : une part en fonds euros pour la sécurité, une part en unités de compte pour la croissance. La répartition dépend de votre horizon de placement et de votre tolérance à la volatilité.


FAQ

Peut-on perdre de l’argent avec une assurance vie ?

Sur le fonds euros, non. Le capital est garanti par l’assureur. Sur les unités de compte, oui : leur valeur fluctue avec les marchés. La perte n’est réalisée que si vous vendez au mauvais moment. Sur un horizon long (dix ans ou plus), les données historiques sur des indices larges montrent que la probabilité de perte devient très faible, sans être nulle.

À partir de quel âge est-il trop tard pour ouvrir une assurance vie ?

Il n’est jamais trop tard pour ouvrir un contrat, mais les règles fiscales changent après 70 ans. Les versements effectués avant 70 ans bénéficient de l’abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour la transmission. Au-delà, un abattement global plus limité s’applique. C’est une raison de ne pas attendre, pas une raison de renoncer.

L’assurance vie est-elle bloquée pendant huit ans ?

Non. Vous pouvez effectuer un rachat partiel à tout moment, dès le premier jour. Ce qui change après huit ans, c’est la fiscalité sur les gains retirés, qui devient plus favorable grâce à l’abattement annuel. Il n’y a pas de pénalité juridique ou contractuelle à retirer avant, mais vous perdez l’optimisation fiscale.

Je ne suis pas conseiller en gestion de patrimoine. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé en investissement. Les chiffres de rendement et de frais cités sont indicatifs et peuvent évoluer.

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