Les marchés ont baissé d’environ 15 % depuis janvier 2022. Chaque fois que j’ouvre mon application de courtage, le chiffre est là, en rouge. Et la question qui revient systématiquement sur les forums d’investisseurs débutants est toujours la même : « Est-ce que je continue à investir ou j’attends que ça remonte ? »
La réponse est dans la méthode. Pas dans l’humeur des marchés du moment.
Qu’est-ce que le DCA, et pourquoi ce sigle anglais décrit-il quelque chose de très simple ?
DCA signifie Dollar-Cost Averaging, ou en français, investissement programmé à montant fixe. Le principe est élémentaire : vous investissez une somme fixe à intervalles réguliers, indépendamment du niveau des marchés. 200 € tous les mois sur un ETF MSCI World, par virement automatique, que les marchés soient en hausse, en baisse ou à plat.
C’est tout. Il n’y a rien de plus sophistiqué derrière l’acronyme.
Ce que cette méthode fait mécaniquement : quand les marchés baissent, votre somme fixe achète plus de parts. Quand ils montent, elle en achète moins. Sur la durée, votre prix moyen d’achat s’établit quelque part entre les hauts et les bas, sans que vous ayez jamais eu à décider du « bon moment ».
Pourquoi essayer de timer le marché est une mauvaise idée, même pour les experts ?
« Timer le marché » signifie choisir délibérément quand acheter et quand vendre en fonction de ses prévisions sur la direction future des prix. C’est intellectuellement séduisant. C’est statistiquement désastreux.
Une étude régulièrement citée par JP Morgan Asset Management montre que sur vingt ans de bourse américaine, les dix meilleures journées de hausse représentent une part décisive de la performance totale. Un investisseur qui aurait raté ces dix jours (sur 5 000 jours de trading) aurait vu son rendement annualisé chuter de façon considérable par rapport à celui qui était resté investi en permanence.
Le problème : ces meilleures journées surviennent souvent juste après des périodes de forte baisse. L’investisseur qui sort du marché pour « attendre que ça se calme » est précisément celui qui manque le rebond. Il vend bas, il rachète haut.
Le DCA ne résout pas ce problème en vous permettant de timer mieux. Il le résout en supprimant complètement la question du timing. Vous n’essayez pas de deviner. Vous investissez mécaniquement, et vous passez à autre chose.
Comment mettre en place un investissement programmé concrètement ?
La mise en place prend moins de vingt minutes, une seule fois.
Dans votre PEA ou votre assurance vie, vous passez un ordre récurrent ou vous configurez un virement automatique mensuel vers le compte, puis un ordre d’achat automatique sur l’ETF de votre choix. Tous les courtiers en ligne sérieux proposent cette fonctionnalité sous des noms différents : « investissement programmé », « ordre récurrent », « versement automatique ».
Le montant n’a pas d’importance critique : 50 €, 100 €, 300 €. Ce qui compte est la régularité. Un virement automatique mensuel présente un avantage psychologique décisif sur un virement manuel : vous n’avez pas à décider chaque mois. La décision est prise une fois, elle s’exécute ensuite sans intervention de votre part.
J’ai personnellement mis en place un virement automatique le 5 de chaque mois. Ce n’est pas parce que le 5 du mois est un jour de marché favorable. C’est parce que ma paie arrive le 28, et que ce délai me permet de couvrir les dépenses fixes du mois avant d’investir ce qui reste.
Le DCA est-il toujours meilleur que d’investir une grosse somme d’un coup ?
Non, pas toujours. Sur des marchés statistiquement haussiers sur le long terme (ce qu’ils ont été historiquement), investir une somme unique (lump sum) en une seule fois produit en moyenne un rendement légèrement supérieur au DCA, selon les recherches de Vanguard publiées sur leurs marchés historiques. La raison est simple : chaque jour passé hors du marché est un jour où votre argent ne profite pas de la hausse moyenne.
Mais « en moyenne » ne signifie pas « dans tous les cas ». Et surtout, « en moyenne » ne tient pas compte de la dimension psychologique. Un investisseur qui place 20 000 € d’un coup et voit son portefeuille perdre 15 % dans les deux premiers mois sera fortement tenté de vendre pour « limiter les dégâts ». S’il cède à cette tentation, il cristallise la perte.
L’investisseur en DCA qui place 500 € par mois vivra les mêmes baisses en miniature. L’impact émotionnel est plus faible. La probabilité de tenir sur dix ou quinze ans est plus élevée. Et c’est la durée qui détermine le résultat final, bien plus que le timing d’entrée.
Pour quelqu’un qui commence à investir sans grosse somme disponible, la question ne se pose même pas : le DCA est la seule approche accessible. Pour quelqu’un qui a un capital existant à investir, la réponse honnête est : si vous pouvez psychologiquement tenir un lump sum, faites-le. Si vous avez un doute, étalez sur six à douze mois. La perte de performance potentielle est faible. La perte de performance due à une vente paniquée, elle, est certaine.
FAQ
Faut-il continuer à investir en DCA même quand les marchés baissent fortement ?
Oui. Et c’est précisément dans ces moments-là que le DCA est le plus efficace mécaniquement : vous achetez des parts moins chères. Si votre horizon est de dix ans ou plus, une baisse de 20 ou 30 % aujourd’hui est une opportunité d’achat, pas un signal de sortie. La condition, bien sûr, est d’avoir une épargne de précaution suffisante séparée de votre portefeuille, pour ne jamais être forcé à vendre dans l’urgence.
Peut-on modifier le montant du virement automatique en cours de route ?
Oui, à tout moment. Rien ne vous empêche d’augmenter votre versement mensuel si votre situation s’améliore, ou de le réduire temporairement si vous traversez une période difficile. L’essentiel est de ne pas couper complètement. Passer de 200 € à 50 € pendant quelques mois est infiniment moins dommageable que d’arrêter complètement et de ne pas reprendre.
Doit-on investir tous les mois ou peut-on espacer les versements (par trimestre, par exemple) ?
Techniquement, le DCA fonctionne à n’importe quelle fréquence régulière. Mensuel est le rythme le plus courant parce qu’il correspond au rythme de paie de la plupart des salariés. Trimestriel fonctionne aussi, avec moins de frais de courtage sur les plateformes qui facturent à l’ordre. Ce qui importe, c’est la régularité et l’automatisation, pas la fréquence exacte.