Diversification géographique : pourquoi investir uniquement en France est une erreur coûteuse

Quand j'ai commencé à investir en 2022, j'ai eu le réflexe que beaucoup d'investisseurs français ont : regarder d'abord les actions françaises. LVMH, TotalEnergies, Hermès. Des…

Quand j’ai commencé à investir en 2022, j’ai eu le réflexe que beaucoup d’investisseurs français ont : regarder d’abord les actions françaises. LVMH, TotalEnergies, Hermès. Des entreprises que je connaissais, dont je comprenais les produits, dont je lisais les actualités. Il semblait logique de commencer par ce que je savais.

Ce réflexe a un nom en finance comportementale : le biais domestique. Et il coûte, sur le long terme, bien plus qu’on ne le pense.


Qu’est-ce que le biais domestique, et pourquoi est-il si répandu ?

Le biais domestique désigne la tendance naturelle des investisseurs à surpondérer les actifs de leur propre pays dans leur portefeuille, bien au-delà de la part que ce pays représente dans l’économie mondiale.

En France, ce biais est documenté : selon des études publiées par l’AMF et des chercheurs académiques, les investisseurs individuels français allouent une fraction largement supérieure à la part de la France dans les indices mondiaux (environ 3 à 4 % du MSCI World) à des actifs français.

Les raisons sont psychologiques, pas rationnelles. On fait confiance à ce qu’on connaît. On lit la presse économique française, on entend parler du CAC 40 au journal télévisé, on comprend les secteurs représentés. L’inconnu fait peur. L’entreprise japonaise dont vous ne connaissez pas le nom, encore plus.


Pourquoi la France ne représente-t-elle que 3 à 4 % de l’économie mondiale investissable ?

La capitalisation boursière mondiale totale dépasse les 100 000 milliards de dollars. La capitalisation des entreprises françaises cotées (CAC 40 et au-delà) représente environ 3 à 4 % de ce total. C’est une réalité arithmétique, pas un jugement sur la qualité des entreprises françaises.

Les États-Unis, eux, représentent environ 60 à 65 % de la capitalisation mondiale. Le Japon environ 6 %. Le Royaume-Uni 4 %. L’ensemble de l’Europe continentale, France incluse, pèse environ 15 à 17 %.

Si vous investissez uniquement sur des valeurs françaises, vous vous privez donc de 96 à 97 % du gisement d’opportunités boursières mondiales. Ce n’est pas une nuance. C’est une concentration géographique extrême pour des raisons purement psychologiques.


Quel est le coût historique du biais domestique sur la performance ?

La comparaison est éclairante. Sur les vingt dernières années, le MSCI World (pondéré majoritairement sur les États-Unis et la tech mondiale) a significativement surperformé le CAC 40 en rendement annualisé, notamment grâce à la domination des grandes technologiques américaines dans la dernière décennie.

Ce n’est pas une certitude pour les vingt prochaines années. L’Europe peut très bien connaître une période de surperformance relative. Mais c’est précisément là l’argument : personne ne sait quelle zone géographique produira les meilleures performances demain. La diversification mondiale n’est pas un pari sur les États-Unis. C’est une façon de ne pas parier sur une seule zone.


Le biais domestique n’a-t-il aucun avantage ?

Un seul, d’ordre psychologique plutôt que financier : investir dans des entreprises que vous connaissez rend l’expérience plus tangible. Si vous détenez des actions LVMH, vous lisez les articles sur LVMH avec plus d’intérêt. Vous faites le lien entre l’actualité économique et votre portefeuille.

Ce bénéfice pédagogique peut être utile au tout début, pour maintenir l’engagement. Mais il ne justifie pas, sur le long terme, de concentrer son portefeuille sur 3 % du marché mondial.

La solution que j’ai adoptée : un ETF MSCI World comme socle, qui me donne une exposition mondiale automatique. Aucune décision sur la géographie. Aucun pari implicite sur la France, les États-Unis ou l’Asie. Le marché mondial dans son ensemble, à frais réduits.


FAQ

Investir dans un ETF MSCI World, c’est quand même beaucoup parier sur les États-Unis ?

Oui, en proportion de la capitalisation boursière actuelle. Mais cette exposition reflète le poids réel des entreprises américaines dans l’économie mondiale investissable, pas un choix arbitraire. Et si les entreprises américaines perdent de leur domination dans dix ou vingt ans, leur poids dans l’indice diminuera automatiquement. Vous n’aurez pas à décider de réduire vous-même votre exposition américaine.

Faut-il ajouter un ETF Europe pour rééquilibrer la géographie ?

Ajouter un ETF Euro Stoxx 50 ou MSCI Europe à côté d’un ETF MSCI World ne produit pas une diversification neutre. Cela surpondère délibérément l’Europe par rapport à son poids dans la capitalisation mondiale. C’est un choix assumé qui peut se justifier si vous avez une conviction sur la surperformance future de l’Europe. Mais ce n’est pas une « correction de biais » : c’est remplacer un biais par un autre, dans la direction opposée.

Les entreprises du CAC 40 ne sont-elles pas déjà mondiales dans leurs activités ?

Oui, pour une grande partie d’entre elles. LVMH, Airbus, TotalEnergies, Schneider Electric génèrent une part très significative de leurs revenus hors de France. Mais leur cours de bourse est coté en France, en euros, et soumis à la perception des investisseurs sur l’économie française et européenne. Le risque de localisation du titre boursier est distinct du risque géographique de l’activité sous-jacente.

Je ne suis pas conseiller en gestion de patrimoine. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé en investissement.

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