Voici une affirmation qui mérite d’être vérifiée plutôt qu’acceptée sur parole : sur dix ans, environ 9 fonds sur 10 gérés par des professionnels font moins bien qu’un simple ETF indiciel. Ce n’est pas une provocation. Ce n’est pas une théorie. C’est ce que mesurent, chaque année depuis 2002, les études SPIVA de S&P Dow Jones Indices, qui comparent systématiquement les fonds actifs à leur indice de référence.
Si ce chiffre vous surprend, vous n’êtes pas le seul. Et si vous payez actuellement des frais élevés pour un fonds géré activement, ce qui suit vous concerne directement.
Qu’est-ce que la gestion active, et pourquoi beaucoup de gens pensent qu’elle rapporte davantage ?
Un fonds géré activement est piloté par un ou plusieurs gérants humains qui prennent des décisions d’achat et de vente, cherchent des opportunités, analysent les entreprises et tentent de construire un portefeuille qui bat l’indice de référence. Ce travail est rémunéré via des frais de gestion, généralement entre 1,5 % et 2,5 % par an.
L’intuition qui conduit à penser que la gestion active est supérieure est simple : des experts, avec des outils sophistiqués et des informations en temps réel, devraient être capables de faire mieux qu’un indice mécanique. C’est une intuition humaine raisonnable. Elle est invalidée par les données.
Que disent concrètement les chiffres sur la performance des fonds actifs sur 10 ans ?
Le rapport SPIVA Europe de S&P Dow Jones Indices constitue la référence la plus citée sur ce sujet. Voici ce qu’il mesure, sur la base de l’édition publiée en 2022 couvrant l’année 2021 :
Sur dix ans, environ 87 % des fonds actions européennes gérés activement ont sous-performé leur indice de référence. Pour les fonds investissant en actions américaines libellés en euros, ce chiffre monte à 98 %. Pour les fonds actions mondiales, on se situe dans la même fourchette.
Autrement dit : sur dix fonds actifs, neuf à dix font moins bien qu’un ETF qui se contente de répliquer l’indice sans aucune décision humaine.
Ce que ces chiffres ne disent pas : il est théoriquement possible d’identifier à l’avance le fonds actif qui va surperformer. Le problème, c’est que les recherches académiques disponibles montrent que la performance passée d’un fonds actif ne prédit pas sa performance future. Les fonds qui battent l’indice une année ne le font pas systématiquement les années suivantes. Choisir un fonds actif « gagnant », c’est, en grande partie, de la chance.
Pourquoi des gérants très compétents n’arrivent-ils pas à battre les marchés sur la durée ?
Trois raisons principales, qui se cumulent.
Les frais. Un ETF MSCI World coûte entre 0,12 % et 0,38 % par an. Un fonds actif coûte entre 1,5 % et 2,5 %. Cette différence de frais s’applique chaque année, sur l’encours total, composée. Sur dix ans, un écart de 1,5 % annuel représente environ 14 % de capital en moins. Autant dire qu’un fonds actif doit surperformer l’indice de plus de 1,5 % chaque année, juste pour être à l’équilibre après frais. C’est difficile en continu.
L’efficience des marchés. Les marchés financiers modernes rassemblent des milliers de professionnels très compétents, équipés d’algorithmes et d’informations en temps réel, qui arbitrent en permanence les écarts de valorisation. Dans cet environnement, trouver des actions systématiquement sous-évaluées est de plus en plus difficile. Ce n’est pas que les gérants actifs sont mauvais. C’est qu’ils se font concurrence entre eux, et que cette compétition intense rend les surperformances durables quasi impossibles.
Le biais du survivant. Les études SPIVA tiennent compte d’un phénomène souvent ignoré : les fonds qui ferment parce qu’ils sous-performent disparaissent des statistiques. Si on ne comptabilisait que les fonds encore en vie, les résultats de la gestion active sembleraient meilleurs qu’ils ne le sont. SPIVA corrige ce biais. Et le résultat est encore plus défavorable à la gestion active que ce que les chiffres bruts suggèrent.
Si c’est si documenté, pourquoi la gestion active représente-t-elle encore des centaines de milliards d’euros ?
Plusieurs raisons, moins flatteuses pour l’industrie financière.
Les frais de la gestion active financent des équipes commerciales importantes. Il est plus rentable de vendre un fonds actif à 2 % de frais qu’un ETF à 0,25 %, pour l’établissement qui le distribue.
L’intuition humaine est persistante. On a du mal à accepter qu’une machine mécanique batte un expert humain sur le long terme. Cette résistance psychologique est normale. Elle n’en est pas moins coûteuse.
Et certains gérants actifs surperforment. Vraiment. Sur certaines périodes, dans certaines catégories de marché moins efficientes (petites capitalisations, marchés émergents). La nuance existe. Ce qui est difficile, c’est d’identifier ces gérants avant qu’ils surperforment, et non après.
Quand j’ai construit ma propre approche début 2022, j’ai passé du temps à lire les études académiques sur ce sujet. J’aurais pu choisir un fonds actif recommandé par ma banque. J’ai choisi un ETF. Non par idéologie, mais parce que les données disponibles rendaient ce choix difficile à justifier autrement.
FAQ
Y a-t-il des domaines où la gestion active fonctionne mieux que les ETF ?
Oui, à certaines conditions. Sur les marchés moins efficients (petites et moyennes capitalisations, pays émergents, obligations à haut rendement), les gérants actifs ont légèrement plus de marge pour trouver des inefficiences. Mais même sur ces segments, la majorité des fonds actifs sous-performe sur longue période. La question reste : comment identifier à l’avance les gérants qui vont surperformer ?
Est-ce qu’un ETF peut sous-performer un fonds actif certaines années ?
Oui. En 2022, par exemple, certains fonds actifs ont mieux résisté à la baisse des marchés grâce à leurs choix de positionnement. La gestion active peut avoir de bons trimestres ou de bonnes années. C’est sur dix ans que les statistiques deviennent écrasantes en faveur de l’indiciel. L’investissement passif n’est pas une promesse de surperformance annuelle. C’est une stratégie de long terme basée sur des coûts faibles et une diversification maximale.
Comment savoir si mon fonds actuel est actif ou passif ?
Regardez les frais courants indiqués dans le Document d’Informations Clés pour l’Investisseur (DICI), obligatoirement fourni pour tout fonds distribué en France. Des frais supérieurs à 0,5 % suggèrent généralement de la gestion active. Au-dessus de 1 %, c’est presque certainement de la gestion active avec une couche commerciale. L’AMF met à disposition un moteur de recherche public pour identifier les caractéristiques de n’importe quel fonds distribué en France.