Où ouvrir son PEA en 2026 : banque traditionnelle ou courtier en ligne ?

Les frais de PEA sont plafonnés par la loi depuis 2020, et le pire scénario que décrivent la plupart des articles n'existe tout simplement plus. Le vrai coût s'est déplacé ailleurs, et il pèse 15 100 € sur vingt ans.

Publié le . Entièrement réécrit le à partir des plafonds réglementaires en vigueur et des grilles tarifaires relevées à cette date.

Ce qui a changé depuis la version précédente de cette page. Elle annonçait 30 000 à 40 000 € de frais sur vingt ans, à partir d’un taux de courtage de 1 % par ordre qui n’est plus autorisé par la loi. Elle recommandait aussi un établissement qui ne commercialise plus de PEA depuis 2023. Les calculs ont été refaits, les tarifs revérifiés, et la conclusion a changé. Le poste de frais qui coûte le plus cher n’est pas celui que je pointais du doigt.

Un samedi matin de 2022, j’ai ouvert deux onglets pour comparer les grilles tarifaires de deux établissements. Je pensais y passer dix minutes. J’y ai passé deux heures et j’en suis sorti convaincu d’avoir évité une erreur coûteuse.

Quatre ans plus tard, j’ai refait l’exercice pour mettre cette page à jour. Le résultat m’a surpris. Sur les frais de compte, je m’étais trompé. Pas sur le principe, sur l’ampleur. Entre-temps, la loi est passée par là et elle a réglé une bonne partie du problème sans que grand monde s’en aperçoive.

Ce qui suit est ce que j’aurais voulu lire ce samedi-là. Savoir où ouvrir son PEA reste une vraie question, mais elle ne se joue plus du tout là où on le croit. Voici où le choix de l’établissement compte encore, où il compte beaucoup moins qu’on ne le raconte, et le seul endroit où se tromper coûte toujours très cher.

Où ouvrir son PEA change-t-il vraiment quelque chose à l’arrivée ?

Oui, mais l’écart s’est considérablement réduit depuis 2020. Tous les PEA partagent le même plafond de versement, la même fiscalité et le même cadre légal. Ce qui diffère, ce sont les frais, et depuis six ans une bonne partie d’entre eux est plafonnée par décret.

Concrètement, la banque de réseau la plus gourmande de France ne peut plus vous facturer ce qu’elle facturait en 2019. Le pire scénario que décrivent encore beaucoup d’articles sur le sujet n’existe plus. Il est devenu illégal.

Reste que le plafond autorisé demeure environ dix fois plus élevé que le meilleur tarif du marché. La question n’est donc plus « banque traditionnelle ou banque en ligne », formulée comme un choix moral entre les gentils et les méchants. Elle est devenue beaucoup plus terre à terre : combien d’ordres allez-vous passer, de quelle taille, et surtout qu’allez-vous acheter avec.

Que plafonne exactement la loi sur les frais d’un PEA depuis 2020 ?

Le décret n° 2020-95 du 5 février 2020, pris en application de la loi PACTE et entré en vigueur le 1er juillet 2020, encadre quatre postes de frais. Le décret n° 2021-925 du 13 juillet 2021 a ensuite étendu le plafond des frais de transaction aux ETF et aux titres non cotés.

Poste de fraisPlafond légal
Ouverture du plan10 €
Tenue de compte annuelle0,40 % de la valeur des titres, plus 5 € par ligne de titres cotés (25 € par ligne non cotée)
Achat ou vente en ligne0,50 % du montant de l’opération
Achat ou vente par tout autre moyen1,20 % du montant de l’opération
Transfert vers un autre établissement15 € par ligne de titres cotés, 50 € par ligne non cotée, 150 € au total

Les montants fixes exprimés en euros sont revalorisés tous les trois ans sur l’indice INSEE des prix. Vérifiez la grille du moment plutôt que de recopier ces chiffres à l’euro près. Les pourcentages, eux, n’ont pas bougé.

Trois conséquences valent la peine d’être retenues. Des droits de garde à 0,9 % par an, que l’on lit encore régulièrement, ne sont plus applicables. Un ordre passé depuis votre espace client ne peut plus vous coûter 15 € sur un achat de 300 €. Et le fameux « frais de transfert dissuasifs » est mort : quitter un établissement avec trois lignes d’ETF vous coûtera 45 €, pas 300 €.

Le gouvernement avait annoncé cette réforme comme le dernier étage de la refonte du PEA, ce que confirme la communication de Bercy à l’époque. Elle est passée à peu près inaperçue.

Combien coûtent réellement les frais de compte sur vingt ans ?

Environ 4 300 € dans le pire cas que la loi autorise aujourd’hui, sur un effort d’épargne de 48 000 €. C’est une somme réelle, mais c’est cinq à dix fois moins que ce qu’annoncent la plupart des articles sur le sujet. Voici le calcul.

Vous versez 200 € par mois pendant vingt ans sur un ETF indiciel dont l’indice de référence progresse de 6 % par an avant frais. Vous aurez versé 48 000 € en tout.

Chez un courtier au meilleur tarif du marché, sans droits de garde et à 1 € par ordre, vous terminez autour de 89 800 €.

Chez un établissement qui applique le plafond légal, soit 0,40 % par an sur l’encours plus 5 € par ligne et 0,50 % par ordre, vous terminez autour de 85 500 €.

L’écart est de 4 300 €. C’est beaucoup pour des frais que vous ne voyez jamais passer. Ce n’est pas 30 000 €. J’ai longtemps répété ce chiffre-là, il était faux.

Un détail mérite d’être signalé au passage. Sur un versement mensuel de 200 €, le plafond légal de 0,50 % représente exactement 1 €, c’est-à-dire le tarif du courtier le moins cher. Pour de petits ordres réguliers, l’écart de courtage entre un bon et un mauvais établissement est donc quasi nul. Tout se joue sur les droits de garde et sur les frais fixes par ligne, qui pénalisent d’ailleurs ceux qui multiplient les lignes dans leur portefeuille.

Où se cache le vrai coût quand on ouvre son PEA dans sa banque ?

Dans ce qu’on vous vend à l’intérieur du plan, pas dans le plan lui-même. La loi plafonne ce que l’établissement facture pour tenir votre compte. Elle ne plafonne rien du tout sur les frais du produit qu’il vous propose d’y mettre.

Un fonds actions maison affiche couramment entre 1,5 % et 2 % de frais courants par an. Un ETF indiciel éligible au PEA se situe entre 0,15 % et 0,40 %. Ces chiffres ne sont pas dissimulés. Ils figurent noir sur blanc dans le document d’informations clés, le DIC, que l’établissement doit vous remettre avant toute souscription et que presque personne ne lit. Les travaux de l’AMF et de l’ESMA, le régulateur européen des marchés, situent la moyenne des fonds actions autour de 1,4 % à 1,9 % par an, en baisse lente sous la pression des ETF.

Reprenons le même scénario, 200 € par mois pendant vingt ans à 6 % brut.

ConfigurationCapital au bout de 20 ansÉcart
Courtier au meilleur tarif, ETF à 0,20 %89 800 €référence
Frais de compte au plafond légal, même ETF85 500 €−4 300 €
Courtier gratuit, mais fonds maison à 1,80 %74 700 €−15 100 €
Les deux à la fois71 200 €−18 600 €

Le mauvais produit coûte trois fois et demie plus cher que le mauvais établissement. Voilà la vraie hiérarchie, et elle est à l’envers de ce que racontent la plupart des comparatifs, y compris l’ancienne version de cette page.

Ce n’est pas une accusation de malhonnêteté. Un conseiller vend ce que sa banque lui donne à vendre, et un fonds maison rapporte à l’établissement ce qu’un ETF ne rapportera jamais. Le mécanisme est le même que celui que je décrivais à propos des produits présentés comme sécurisés. Sur dix ans, l’écart de performance entre gestion active et gestion passive s’explique en grande partie par cette ligne de frais.

Investir en actions comporte un risque de perte en capital, quel que soit l’établissement choisi, et les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. Les 6 % annuels utilisés ici sont une hypothèse de calcul, pas une promesse.

Quels établissements proposent les PEA les moins chers en 2026 ?

Sur les tarifs relevés le 14 août 2026, Bourse Direct et Trade Republic sortent en tête, autour de 1 € par ordre sur ETF et sans droits de garde, devant BoursoBank et Saxo. Aucun des grands courtiers en ligne ne facture de tenue de compte. Ces grilles changent régulièrement, parfois d’un trimestre à l’autre. Prenez ce tableau comme un ordre de grandeur et vérifiez la grille en vigueur avant d’ouvrir quoi que ce soit.

ÉtablissementDroits de gardeOrdre 500 €Ordre 2 000 €
Bourse Direct0 €0,99 €1,90 €
Trade Republic0 €1 € (0 € en plan programmé)1 €
BoursoBank, formule d’entrée0 €1,99 €10 €
Saxo Banque0 €2 €1,60 €
Banque de réseau, au plafond légaljusqu’à 0,40 % par an, plus 5 € par lignejusqu’à 2,50 €jusqu’à 10 €

Deux enseignements sautent aux yeux. Le classement s’inverse selon la taille de vos ordres : Saxo coûte le même prix que BoursoBank sur un ordre de 500 € et six fois moins cher sur un ordre de 2 000 €, parce que l’un facture un minimum forfaitaire et l’autre un pourcentage. Et plus aucun de ces établissements ne facture de droits de garde, ce qui était le grand argument de vente des banques en ligne il y a dix ans et ne les départage plus du tout aujourd’hui.

Fortuneo a réorganisé sa grille en trois offres au 1er janvier 2026, ce qui rend la comparaison dépendante du profil choisi. À vérifier au cas par cas selon votre rythme d’investissement.

Une remarque sur les plans programmés, proposés notamment par Trade Republic. Ils permettent d’acheter automatiquement le même ETF chaque mois sans frais de courtage. Pour quelqu’un qui investit une somme fixe tous les mois, c’est le format le plus économique qui existe aujourd’hui, et il colle exactement à la logique de l’investissement programmé. Il a une contrepartie : la sélection d’ETF disponibles en plan programmé est plus étroite que la gamme complète.

Comment choisir son établissement en dix minutes sans y passer le week-end ?

Trois questions suffisent, dans cet ordre. Elles éliminent la quasi-totalité des mauvaises options en quelques minutes.

Première question : l’établissement facture-t-il des droits de garde ? Si oui, passez au suivant. Ce poste ne se justifie plus par rien en 2026, et il ronge votre capital chaque année, y compris les années où vous ne faites strictement rien.

Deuxième question : l’ETF que je veux acheter est-il disponible ? C’est le critère que j’ai le plus sous-estimé au départ. Certaines gammes sont volontairement pauvres en ETF indiciels et riches en fonds maison. Regardez si les grands ETF monde éligibles au PEA figurent bien au catalogue, sujet que je détaille dans mon article sur les ETF MSCI World pour petit budget.

Troisième question : combien me coûte un ordre de la taille que je vais réellement passer ? Pas un ordre de 10 000 €, un ordre correspondant à votre versement habituel. Un tarif dégressif magnifique sur les gros montants ne vous sert à rien si vous investissez 150 € par mois.

Ce qu’il faut éviter reste le même qu’en 2022 : ouvrir son PEA dans sa banque habituelle par pur réflexe de commodité, sans avoir regardé la grille. J’ai failli le faire. La différence de droits de garde sur dix ans que j’avais calculée ce samedi matin tournait autour de 1 200 €. Pas une fortune. Aucune raison de la payer non plus.

Peut-on changer d’établissement plus tard si on s’est trompé ?

Oui, et c’est le point qui devrait vous détendre le plus. Le transfert d’un PEA est un droit, l’antériorité fiscale suit le plan, et le coût de l’opération est plafonné à 150 €. Vous ne perdez ni votre date d’ouverture ni le compteur des cinq ans.

Un PEA ouvert en 2023 et transféré en 2026 reste un PEA de 2023 aux yeux du fisc. La procédure prend généralement quelques semaines, pendant lesquelles vos titres sont indisponibles à la vente. C’est le principal inconvénient, et il est temporaire.

Cette possibilité change complètement la façon d’aborder la décision. Le choix de l’établissement n’est pas un engagement à vie, contrairement à ce que sa réputation de démarche administrative pénible laisse croire. La date d’ouverture, elle, ne se rattrape jamais. Entre ouvrir aujourd’hui chez un établissement correct et ouvrir dans six mois chez le meilleur du marché, le calcul penche nettement en faveur de la première option. C’est aussi pour cela que la règle des cinq ans mérite d’être comprise avant d’être redoutée.

Son argent est-il vraiment en sécurité chez un courtier en ligne ?

Les titres détenus dans un PEA sont ségrégués. Ils ne figurent pas au bilan de l’établissement et restent votre propriété en cas de défaillance de celui-ci. C’est le mécanisme de protection principal, et il joue avant toute garantie publique.

Deux filets de sécurité complètent le dispositif, et ils sont souvent confondus. La garantie des dépôts couvre les espèces, y compris le compte espèces adossé à un PEA, à hauteur de 100 000 € par client et par établissement. La garantie des titres couvre les instruments financiers à hauteur de 70 000 €, et elle n’intervient que dans le cas où les titres ne pourraient pas vous être restitués. Les détails figurent sur le site d’information des autorités financières. L’ancienne version de cette page annonçait 70 000 € pour les espèces, ce qui mélangeait les deux garanties.

Ces deux enveloppes ne se reportent pas l’une sur l’autre. La part inutilisée de la garantie espèces ne vient pas augmenter la garantie titres.

Un mot sur les courtiers étrangers, puisque plusieurs acteurs actifs en France sont agréés dans un autre pays européen. Trade Republic, par exemple, est une banque allemande supervisée par le régulateur allemand, qui opère en France via une succursale placée sous le contrôle de l’ACPR et de l’AMF, et propose un IBAN français. La garantie des dépôts applicable est alors allemande, pour un montant équivalent de 100 000 €, harmonisé à l’échelle européenne. Ce n’est ni mieux ni moins bien. C’est simplement un autre guichet en cas de problème. J’ai développé ce sujet dans mon article sur ce que risquent vraiment un PEA et des ETF en cas de crise bancaire.

Par où commencer quand on n’a pas encore ouvert de PEA ?

Répondez aux trois questions du filtre, choisissez un établissement sans droits de garde qui propose l’ETF que vous visez, et ouvrez le plan. Un versement symbolique suffit pour lancer l’horloge fiscale. Vous ajusterez le reste ensuite, et vous pourrez transférer si vous changez d’avis.

Si vous n’avez encore rien ouvert du tout, la question de l’établissement arrive en réalité assez tard dans l’ordre des priorités. J’ai écrit une page entière sur l’ordre dans lequel ouvrir ses trois enveloppes, et une autre pour ceux qui n’ont jamais mis un euro en bourse.

Écrit par Florian Delcourt, investisseur particulier et auteur de « Arrêtez de perdre de l’argent avec votre Livret A ». J’investis en direct depuis 2022 sur un PEA et une assurance vie, en gestion passive. Mon parcours en détail. Investir en actions comporte un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. Les plafonds réglementaires et les tarifs cités sont ceux relevés au 14 août 2026.

FAQ

Peut-on transférer un PEA vers un autre établissement sans perdre son antériorité ?

Oui. Le transfert de PEA est un droit et il conserve intégralement la date d’ouverture du plan, donc le compteur des cinq ans. Un PEA ouvert en 2021 et transféré en 2026 reste fiscalement un PEA de 2021. Les frais de transfert sont plafonnés par la loi à 15 € par ligne de titres cotés et 150 € au total, ce qui représente une somme modeste au regard des économies de frais réalisées ensuite. Comptez quelques semaines de procédure, pendant lesquelles vos titres ne sont pas négociables.

Faut-il un versement minimum pour ouvrir un PEA ?

La loi n’impose aucun minimum. Chaque établissement fixe librement le sien, et l’écart est large : certains courtiers en ligne acceptent une ouverture à 1 € ou sans versement, quand d’autres exigent 100 € à 300 €. La règle utile à retenir tient en une phrase : ouvrir tôt compte davantage qu’ouvrir gros, parce que c’est la date d’ouverture qui déclenche le délai fiscal de cinq ans, pas le montant versé.

Peut-on avoir deux PEA dans deux banques différentes ?

Non. Une personne ne peut détenir qu’un seul PEA, et un foyer fiscal au maximum deux, soit un par conjoint marié ou pacsé. Le cumul est passible d’une clôture du plan et de la remise en cause de l’avantage fiscal. En revanche, un PEA classique peut coexister avec un PEA-PME et, pour un majeur rattaché au foyer fiscal de ses parents, avec un PEA jeune plafonné à 20 000 €.

Un PEA chez un courtier étranger est-il éligible et sûr ?

Un établissement agréé dans un pays de l’Union européenne peut proposer un PEA à un résident fiscal français, à condition d’assurer les obligations déclaratives associées. Trade Republic, banque allemande dotée d’une succursale française supervisée par l’ACPR et l’AMF, en est l’exemple le plus courant aujourd’hui. La protection des avoirs relève alors du fonds de garantie du pays d’agrément, avec un plafond de 100 000 € sur les espèces harmonisé dans toute l’Union.

Combien de temps prend l’ouverture d’un PEA en ligne ?

Chez un courtier en ligne, le formulaire prend une quinzaine de minutes et demande une pièce d’identité, un justificatif de domicile et un RIB. La validation du dossier intervient généralement sous quelques jours ouvrés, parfois le jour même. En agence, comptez un rendez-vous et un délai plus long. Dans les deux cas, la date retenue pour le calcul des cinq ans est celle du premier versement effectif sur le plan.

Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Certains liens vers des partenaires peuvent être des liens affiliés ou de parrainage.

Pour aller plus loin : comparatifs des courtiers, simulateurs gratuits et le livre pour débuter.

Je ne suis pas conseiller en gestion de patrimoine. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé en investissement. Les grilles tarifaires citées sont indicatives et peuvent évoluer.

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