Le Livret A vient de passer à 2 % ce 1er août 2022. Une bonne occasion de rappeler que même à 2 %, un livret réglementé reste en dessous de l’inflation actuelle. Et une excellente occasion de parler du PEA, que vous avez peut-être décidé d’ouvrir après avoir lu l’article du mois dernier.
Parce qu’ouvrir un PEA est une bonne décision. Mais l’ouvrir au mauvais endroit peut vous coûter plusieurs milliers d’euros sur vingt ans, sans que vous vous en rendiez jamais vraiment compte.
Pourquoi le choix de l’établissement peut faire une différence de plusieurs milliers d’euros sur votre PEA ?
Tous les PEA se ressemblent sur le papier : même plafond, même fiscalité, même cadre légal. Ce qui diffère d’un établissement à l’autre, ce sont les frais. Et sur un placement long terme, les frais ont un effet cumulatif dévastateur.
Prenons un exemple chiffré. Vous investissez 500 € par mois pendant vingt ans sur un ETF MSCI World, avec un rendement annualisé de 7 %. Votre capital final brut serait d’environ 262 000 €.
Maintenant, ajoutez des droits de garde annuels de 0,5 % sur l’encours (pratique courante dans les banques traditionnelles) et des frais de courtage de 1 % par ordre. Sur vingt ans, ces frais représentent une ponction de l’ordre de 30 000 à 40 000 €. Ce n’est pas un calcul théorique alarmiste. C’est de l’arithmétique.
Dans une banque en ligne sans droits de garde et avec des frais de courtage inférieurs à 0,5 € par ordre sur ETF, le même scénario vous laisse 30 000 à 40 000 € de plus dans la poche au bout de vingt ans. Pour exactement le même investissement, le même indice, le même risque.
Quels sont les critères concrets pour comparer deux offres de PEA ?
Trois postes de coûts déterminent 95 % de la différence entre un bon et un mauvais PEA.
Les droits de garde. Ce sont des frais annuels prélevés sur la valeur de votre portefeuille, parfois exprimés en pourcentage, parfois en forfait fixe. Dans les banques traditionnelles, ils oscillent entre 0,3 % et 0,9 % par an. Chez la plupart des banques en ligne et courtiers spécialisés, ils sont à zéro.
Les frais de courtage. Ce sont les frais prélevés à chaque achat ou vente. Dans une banque de réseau, ils peuvent atteindre 10 à 20 € par ordre, parfois plus. Dans une banque en ligne, ils varient entre 0 et 5 € selon les volumes. Pour un investisseur qui passe un ou deux ordres par mois, cela représente plusieurs centaines d’euros d’écart par an.
La gamme d’ETF disponibles. Certains établissements proposent une sélection très limitée de fonds. Si vous souhaitez investir dans un ETF MSCI World spécifique, vérifiez qu’il est bien disponible avant d’ouvrir votre compte. Les courtiers en ligne ont en général une gamme bien plus large que les réseaux bancaires traditionnels.
Banque en ligne ou courtier spécialisé : quelle est la meilleure option pour la plupart des épargnants ?
Pour un épargnant qui investit régulièrement de petites sommes dans des ETF, une banque en ligne suffit largement. Boursorama, Fortuneo et BforBank proposent des PEA sans droits de garde avec des frais de courtage raisonnables sur les ETF. Ce sont des établissements régulés, adossés à de grandes banques françaises ou européennes.
Les courtiers spécialisés (Saxo Bank, Interactive Brokers) ont des frais parfois encore plus faibles sur les volumes importants, mais leurs interfaces sont plus techniques et leurs conditions générales plus complexes à lire pour un débutant. Ils sont intéressants une fois que vous avez gagné en expérience.
Ce qu’il faut éviter : ouvrir un PEA dans votre banque de réseau habituelle par commodité, sans comparer les frais. « C’est plus simple » coûte cher sur vingt ans. J’ai moi-même failli ouvrir mon PEA dans ma banque habituelle, avant de comparer les grilles tarifaires un samedi matin. La différence de droits de garde sur dix ans était de l’ordre de 1 200 € sur un encours moyen. Pas une fortune. Mais aucune raison de les payer non plus.
Y a-t-il une règle simple pour décider rapidement sans passer des heures à comparer ?
Oui. Deux questions suffisent.
Est-ce que cet établissement facture des droits de garde ? Si la réponse est oui, passez au suivant.
Est-ce que les frais de courtage sur ETF sont inférieurs à 1 € pour les ordres standards, ou à 0,5 % pour les montants plus importants ? Si la réponse est non, passez au suivant.
Ces deux filtres éliminent d’emblée la grande majorité des offres de banques traditionnelles et réduisent la liste à une poignée d’établissements sérieux. Ensuite, vous comparez l’interface, la disponibilité du service client et la gamme d’ETF proposée.
Un dernier point que j’aurais aimé qu’on me dise au moment d’ouvrir le mien : la date d’ouverture du PEA est plus importante que l’établissement choisi. Si vous hésitez encore, ouvrez un compte avec un minimum requis aujourd’hui, et transférez vers un meilleur courtier plus tard si vous changez d’avis. Le transfert d’un PEA d’un établissement à un autre est possible (c’est réglementé), même si la procédure prend quelques semaines.
FAQ
Peut-on transférer un PEA existant vers un autre établissement ?
Oui. Le transfert de PEA est un droit légal. Vous conservez l’antériorité fiscale de votre plan : si vous avez ouvert votre PEA il y a trois ans et que vous le transférez, l’horloge des cinq ans n’est pas réinitialisée. Des frais de transfert peuvent s’appliquer côté banque émettrice (souvent entre 50 et 150 €), mais ils sont compensés rapidement par l’économie de frais sur le nouvel établissement.
Faut-il un minimum de versement pour ouvrir un PEA ?
Cela dépend de l’établissement. Certaines banques en ligne permettent d’ouvrir un PEA avec un versement initial de 1 € ou même sans versement. D’autres fixent un minimum à 100 ou 300 €. La règle à retenir : ouvrir tôt, même avec peu. Le compteur des cinq ans démarre à l’ouverture.
Un PEA en ligne est-il sécurisé si la banque fait faillite ?
Les titres détenus dans un PEA sont ségrégués, c’est-à-dire qu’ils ne font pas partie du bilan de la banque. En cas de défaillance de l’établissement, ils restent propriété de l’épargnant. Par ailleurs, le Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution (FGDR) couvre les espèces non investies jusqu’à 70 000 € par déposant.