Le rapport annuel du Conseil d’Orientation des Retraites a été validé en séance plénière le 12 juin. Sa principale révision : le déficit du système de retraite est désormais projeté à 2,4 % du PIB en 2070, contre 1,4 % anticipé un an plus tôt. Pour mesurer l’ampleur de cet ajustement si l’on agissait uniquement sur l’âge de départ, le COR a simulé un report progressif jusqu’à 67,6 ans en 2070, ce qui alimente de nombreux débats.
Pendant ce temps, la réalité immédiate des retraités est plus terre-à-terre : une revalorisation des pensions limitée à 0,9 % en janvier, et une proposition de geler les pensions supérieures à 3 000 € bruts, portée par le ministre Serge Papin.
Sur le plan institutionnel, rien n’a vraiment bougé depuis un an. La réforme de 2023 reste suspendue par le gouvernement Lecornu. Le conclave de juin 2025 s’était déjà soldé par un échec. Chaque nouveau rapport du COR rouvre mécaniquement le débat sur la capitalisation, sans qu’aucune décision n’en sorte. Si vous attendez qu’un consensus émerge pour décider quoi faire de votre propre épargne, vous risquez d’attendre encore longtemps.
Voici ce qu’il faut comprendre sur ce débat, et surtout pourquoi votre stratégie personnelle ne devrait pas en dépendre.
Qu’est-ce que la retraite par répartition, et comment fonctionne-t-elle concrètement ?
La répartition repose sur un principe simple : les cotisations versées aujourd’hui par les actifs financent directement les pensions versées le même mois aux retraités actuels. Il n’y a pas de capital accumulé pour chaque cotisant. Il y a un flux en direct, d’une génération vers une autre.
Ce système fonctionne tant que le rapport entre le nombre de cotisants (les actifs) et le nombre de retraités reste suffisamment favorable. Pour l’ensemble du système de retraite français, on comptait environ trois cotisants pour un retraité en 1970. Ce ratio est tombé à environ 1,7 aujourd’hui, selon les chiffres régulièrement cités dans les débats parlementaires. À l’Agirc-Arrco, le régime complémentaire des salariés du privé, la dégradation est encore plus nette : 1,44 cotisant par retraité fin 2024, contre plus de 4 dans les années 1960, à l’époque où le régime venait d’être créé et comptait encore très peu de pensionnés.
Quand ce ratio se dégrade, il faut revoir les paramètres pour maintenir l’équilibre financier du système : soit augmenter les cotisations des actifs, soit diminuer les pensions des retraités, soit allonger la durée de cotisation en décalant l’âge de départ à la retraite.
Qu’est-ce que la capitalisation, et en quoi diffère-t-elle fondamentalement ?
La capitalisation fonctionne sur une logique inverse. Chaque personne épargne et investit pour sa propre pension future. L’argent versé aujourd’hui est placé pour générer des intérêts et financer une part de l’économie réelle. Il constitue un capital qui sera converti en rente ou en capital au moment de la retraite. Il n’y a pas de transfert entre générations : chacun finance, en théorie, sa propre situation.
Contrairement à une idée reçue, la capitalisation n’est pas totalement absente du paysage français. Le RAFP (Régime Additionnel de la Fonction Publique) fonctionne en capitalisation obligatoire pour les fonctionnaires, sur une part limitée de leur rémunération. Un volet du régime des pharmaciens libéraux fonctionne sur le même principe. Mais ce sont des exceptions, pas la norme : la capitalisation ne représentait que 5,1 % des cotisations et 2,3 % des pensions versées en France en 2022, selon les données disponibles.
De nombreux pays ont déjà fait leur transition vers ce système de capitalisation, la Suède et les Pays-Bas notamment, sans l’opposer à la répartition. Le système choisi peut très bien être un système hybride, donnant plus ou moins de poids à l’un des deux mécanismes selon les choix politiques de chaque pays. C’est généralement ce qui est choisi, en particulier en phase de transition.
Pourquoi le système par répartition est sous tension et où en est le débat politique ?
La tension vient d’abord de la démographie, déjà évoquée plus haut : moins de naissances qu’avant, des retraités qui vivent plus longtemps, donc de moins en moins d’actifs pour financer chaque pension de retraite.
Pour autant, ce n’est pas une crise qui surgit d’un coup. Les dépenses de retraite représentent aujourd’hui environ 14 % du PIB français, et cette part devrait progresser progressivement dans les décennies qui viennent.
Sur le plan politique, les tentatives de réforme se sont enchaînées sans jamais aboutir. Un grand cycle de négociations entre l’État, les syndicats et le patronat, baptisé « conclave », a échoué en juin 2025. La réforme votée en 2023 a ensuite été suspendue en novembre 2025 par le gouvernement, jusqu’à la prochaine élection présidentielle. Le dernier rapport du Conseil d’Orientation des Retraites, publié en juin 2026, a une nouvelle fois relancé la question d’une dose de capitalisation dans le système. Et une nouvelle fois, aucune décision n’en est sortie.
Ce flou ne semble pas près de se dissiper et c’est pour cette raison qu’il faut agir de votre côté.
Pourquoi votre stratégie personnelle ne devrait pas dépendre de l’issue de ce débat
Le calendrier politique n’a aucune influence sur le calendrier de vos propres intérêts. C’est la chose la plus importante à retenir ici.
Pourquoi ? Quand vous investissez, votre argent produit des gains, et ces gains produisent eux-mêmes des gains les années suivantes. Plus ce mécanisme tourne longtemps, plus son effet est puissant, c’est ce qu’on appelle les « intérêts composés » et qui explique pourquoi chaque année d’attente coûte bien plus qu’une simple année de versement manqué. J’ai détaillé ce calcul dans un article consacré à la différence entre commencer à investir à 25 ans ou à 35 ans. Dix années de retard, ce n’est pas dix versements en moins, ce sont plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’euros de capital final en moins sur une carrière complète, selon votre capacité d’épargne.
Attendre que le débat sur la capitalisation se clarifie avant de commencer à épargner pour votre retraite revient exactement à perdre ces années-là. Que la France introduise un jour davantage de capitalisation ou qu’elle ne le fasse jamais, votre épargne personnelle continue, elle, de produire des intérêts ou de stagner selon ce que vous en faites aujourd’hui.
Vous n’êtes pas seul à avoir tiré cette conclusion sans attendre. Plus de 12,9 millions de Français détiennent aujourd’hui un Plan d’Épargne Retraite, et les encours ont progressé de 20 % sur la seule année 2025. Ce mouvement ne doit rien à une clarification politique, qui n’a jamais eu lieu. Il doit tout à un constat simple : attendre coûte plus cher qu’agir.
PER, PEA, assurance vie : quel outil pour quel objectif retraite ?
Trois enveloppes peuvent contribuer à votre épargne retraite personnelle, mais elles ne se ressemblent pas. Avant de comparer, une distinction s’impose : il existe un PER d’entreprise (parfois appelé PERO ou PERCOL) et un PER individuel (PERIN). Le premier est généralement alimenté par votre employeur, via l’intéressement, la participation, ou des versements volontaires. Le second est une démarche entièrement personnelle, sans lien avec votre situation professionnelle.
Sur le plan fiscal, le mécanisme du PER est identique dans les deux cas : les versements volontaires sont déductibles de votre revenu imposable, dans une limite qui évolue chaque année avec le plafond annuel de la Sécurité sociale. Pour 2026, cette limite se situe entre 4 710 € et 37 680 € selon votre situation, et depuis cette année, vous pouvez reporter vos plafonds non utilisés sur les cinq années précédentes au lieu de trois. En contrepartie de cet avantage fiscal à l’entrée, l’argent reste bloqué jusqu’à votre retraite, sauf cas de déblocage anticipé prévus par la loi, dont l’achat de votre résidence principale. À la sortie, la fiscalité dépend du mode choisi, capital ou rente, et des prélèvements sociaux désormais fixés à 18,6 % sur la part de gains.
Voici ma position personnelle, qui n’a pas vocation à être un conseil car chacun doit faire le choix le plus adapté à sa propre situation. J’ai un PER d’entreprise, alimenté principalement par l’intéressement. Mais à titre individuel, je n’ai pas ouvert de PER, et je préfère orienter mon effort d’épargne personnel vers mon assurance vie et mon PEA.
Trois raisons expliquent ce choix. La fiscalité d’abord : le PEA, après cinq ans de détention, ne supporte que les prélèvements sociaux sur les plus-values, sans la contrainte de blocage jusqu’à la retraite que le PER impose. La disponibilité ensuite : un PER individuel reste verrouillé pour des décennies, alors que mon assurance vie, après huit ans, et mon PEA, après cinq ans, m’offrent une liquidité bien supérieure, un point que j’ai détaillé dans l’article consacré à la liquidité réelle du PEA. La simplicité de gestion enfin : je préfère suivre deux enveloppes que j’alimente régulièrement plutôt que trois, dans la continuité de ce que j’ai déjà expliqué sur les vertus de l’investissement passif qui demande le moins d’attention possible.
Ce n’est pas un rejet du PER en tant qu’outil. C’est une priorisation entre le PER collectif, que j’accepte volontiers quand il s’accompagne d’un abondement, et le PER individuel, que je ne juge pas nécessaire pour ma propre situation. Votre arbitrage peut être différent, notamment si votre tranche d’imposition est plus élevée que la mienne ou si la perspective d’un capital totalement séparé de vos autres enveloppes vous rassure.
Combien faut-il épargner pour sa retraite, et à partir de quand commencer ?
Je ne vais pas vous donner un chiffre universel, parce qu’il n’existe pas. Ce qui existe, en revanche, c’est une méthode pour calculer le vôtre, que j’ai détaillée dans l’article sur la résolution de janvier consacré au calcul de votre capacité d’épargne réelle à partir de vos dépenses fixes et variables.
Ce qui compte le plus n’est pas le montant exact que vous commencez avec. C’est la date à laquelle vous commencez. Une fois encore, le calcul fait dans l’article sur les intérêts composés est sans appel : le coût d’attendre se mesure en dizaines, parfois en centaines de milliers d’euros sur une carrière complète, indépendamment de ce que la loi de finances ou la prochaine réforme des retraites décideront.
[MAJ le 25/06/2026]
FAQ
Le PER est-il compatible avec un PEA et une assurance vie en parallèle ?
Oui, sans aucune restriction. Ces trois enveloppes ne sont pas exclusives les unes des autres. Vous pouvez très bien avoir un PER d’entreprise alimenté par votre employeur, un PEA pour l’investissement en actions à long terme, et une assurance vie pour sa flexibilité. La question n’est jamais « lequel choisir » de façon exclusive, mais « comment répartir mon effort d’épargne entre ces outils selon mes priorités ».
Que se passe-t-il si la réforme de 2023 reprend après 2028 ?
Personne ne peut le dire avec certitude aujourd’hui, et ça dépendra largement du résultat de l’élection présidentielle de 2027. Ce qui est certain, c’est que ce scénario, comme tous les autres scénarios politiques possibles, n’a aucune influence sur la pertinence de constituer dès maintenant une épargne personnelle. Si la réforme reprend et que l’âge légal augmente, votre épargne personnelle vous donnera davantage de marge de manœuvre sur le moment où vous choisirez réellement de cesser de travailler. Si elle ne reprend jamais, cette même épargne reste utile pour maintenir votre niveau de vie face à un taux de remplacement qui, selon les projections du COR, tend à se dégrader.
Faut-il privilégier le PER ou le PEA quand on a une capacité d’épargne limitée ?
Je ne peux pas répondre à cette question à votre place, parce que la réponse dépend de paramètres personnels (votre tranche d’imposition actuelle, votre horizon, votre tolérance à l’idée de bloquer une partie de votre épargne jusqu’à la retraite). Ce que je peux partager, c’est que pour ma propre situation, j’ai choisi de prioriser la flexibilité du PEA et de l’assurance vie plutôt que l’avantage fiscal immédiat mais contraignant du PER individuel. Si vous avez un doute sur votre propre arbitrage, c’est exactement le type de question à poser à un conseiller en gestion de patrimoine, qui pourra prendre en compte votre situation fiscale complète.
Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Certains liens vers des partenaires peuvent être des liens affiliés ou de parrainage.
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