Trop d’ETF dans votre portefeuille : pourquoi la complexité nuit à votre performance

J'ai reçu un message d'un lecteur qui me décrivait son portefeuille ETF. Il contenait quatorze lignes : MSCI World, S&P 500, Nasdaq 100, Euro Stoxx 50, CAC 40, MSCI Emerging…

J’ai reçu un message d’un lecteur qui me décrivait son portefeuille ETF. Il contenait quatorze lignes : MSCI World, S&P 500, Nasdaq 100, Euro Stoxx 50, CAC 40, MSCI Emerging Markets, MSCI Small Cap, un ETF or, deux ETF obligataires, un ETF immobilier coté, et quelques thématiques (eau, intelligence artificielle, santé). Il m’a demandé si c’était bien diversifié. La réponse courte : non.


Pourquoi plus d’ETF ne signifie pas plus de diversification ?

C’est l’intuition la plus courante, et elle est fausse dans la plupart des cas. La diversification ne mesure pas le nombre de lignes dans un portefeuille. Elle mesure la corrélation entre ces lignes.

Prenons un exemple concret. Un ETF MSCI World contient environ 65 % d’actions américaines. Un ETF S&P 500 contient 100 % d’actions américaines, largement les mêmes. Si vous détenez les deux, vous n’avez pas diversifié : vous avez simplement augmenté votre exposition aux États-Unis en ajoutant une ligne. Dans une baisse des marchés américains, vos deux ETF baisseront presque simultanément et dans des proportions similaires.

De même, un ETF Nasdaq 100 est composé à plus de 90 % d’entreprises technologiques américaines déjà présentes dans le MSCI World. L’ajouter à côté d’un ETF MSCI World ne diversifie pas votre portefeuille. Il le concentre davantage sur la tech américaine.

La question pertinente à se poser avant d’ajouter une ligne n’est pas « est-ce que c’est différent ? » mais « est-ce que ça monte et ça baisse différemment dans les mêmes circonstances ? »


Quels sont les effets concrets d’un portefeuille trop complexe ?

Trois effets nuisent directement à la performance.

L’effet chevauchement. Si plusieurs de vos ETF contiennent les mêmes entreprises dans des proportions proches, vous payez des frais de gestion multiples pour une exposition quasi identique. Un ETF MSCI World à 0,20 % plus un ETF S&P 500 à 0,07 % coûtent plus cher combinés qu’un seul ETF MSCI World, pour un résultat très proche.

L’effet rééquilibrage. Un portefeuille de quatorze lignes nécessite un rééquilibrage régulier pour revenir à votre allocation cible. Chaque arbitrage dans un PEA est gratuit (pas d’impôt), mais dans un compte-titres, chaque vente peut déclencher une imposition sur la plus-value. La complexité génère des frais fiscaux involontaires.

L’effet psychologique. Un portefeuille complexe est difficile à surveiller et à comprendre. En période de baisse, vous ne savez plus quelle ligne a décroché, pourquoi, et si c’est « normal ». Cette confusion augmente la probabilité de mauvaises décisions émotionnelles.


Quelle est la conséquence des ETF thématiques sur la performance long terme ?

Les ETF thématiques (eau, intelligence artificielle, robotique, santé, énergie propre) séduisent par leur narratif : investir dans « le futur ». Le problème est que les thèmes populaires sont souvent déjà incorporés dans les valorisations au moment où un ETF thématique est lancé, voire en retard d’un cycle économique.

Morningstar a publié des analyses montrant que la plupart des ETF thématiques, sur cinq ans, sous-performent un ETF monde large. Les raisons : des frais de gestion plus élevés (souvent autour de 0,4 à 0,7 %), une concentration sectorielle qui amplifie la volatilité, et un biais de sélection (les thèmes sont lancés après que la tendance a déjà pris, pas avant).

Cela ne signifie pas que les ETF thématiques sont toujours mauvais. Certains ont très bien performé sur des périodes données. Mais les incorporer dans un portefeuille « pour diversifier » est une erreur conceptuelle : ils ajoutent du risque concentré, pas de la diversification.


À quoi devrait ressembler un portefeuille simple et performant sur le long terme ?

La recherche académique et les données empiriques convergent vers une conclusion assez sobre : un portefeuille d’un ou deux ETF, bien choisis et alimentés régulièrement, surpasse la majorité des portefeuilles complexes sur dix à vingt ans.

Pour un investisseur avec un PEA et un horizon de quinze ans ou plus : un seul ETF MSCI World représente un point de départ solide et difficile à améliorer significativement en ajoutant des lignes. Si vous avez une assurance vie en parallèle, vous pouvez y ajouter un fonds euros pour la part sécurisée.

Pour un investisseur plus avancé qui souhaite une exposition aux émergents : un ETF MSCI World plus un ETF MSCI Emerging Markets, avec une répartition explicite (80/20 ou 90/10). Deux lignes, pas quatorze.

La complexité donne l’impression de maîtrise. La simplicité, bien appliquée, produit de meilleurs résultats à moindre effort.


FAQ

Si j’ai déjà trop d’ETF, comment simplifier mon portefeuille sans tout vendre d’un coup ?

La méthode la plus simple : arrêtez d’ajouter des lignes. Dirigez tous vos nouveaux versements vers l’ETF que vous souhaitez garder comme socle. Les lignes que vous arrêtez d’alimenter vont progressivement représenter une part de plus en plus faible de votre portefeuille. Si vous êtes dans un PEA (sans imposition sur les arbitrages internes), vous pouvez aussi liquider les petites lignes et réinvestir dans le socle.

Est-ce qu’un ETF sur l’or est utile pour diversifier ?

L’or est une classe d’actifs qui se comporte différemment des actions, notamment en période de stress intense des marchés. À ce titre, une petite exposition peut réduire la volatilité d’un portefeuille. Mais l’or ne produit pas de rendement intrinsèque (pas de dividende, pas d’intérêt). Sur le long terme, sa performance est moins prévisible que celle d’un indice actions large. Pour un investisseur avec un horizon de dix à vingt ans, l’or est une couche optionnelle, pas un composant fondamental.

Les ETF obligataires ont-ils leur place dans un portefeuille d’épargnant individuel ?

Oui, sous certaines conditions. Pour un investisseur proche de la retraite qui souhaite réduire la volatilité de son portefeuille, une allocation partielle en obligations (via ETF) est cohérente. Pour un investisseur de long terme avec vingt ans devant lui, la recherche suggère que la sur-pondération en actions produit de meilleurs résultats. Les obligations ont surtout leur rôle à partir de dix à quinze ans avant la date de besoin des fonds.

Je ne suis pas conseiller en gestion de patrimoine. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé en investissement.

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