J’avais 10 000 € sur mon Livret A : voici pourquoi j’ai décidé d’investir

Je ne suis pas parti d'un livre, ni d'un podcast, ni d'un ami qui m'aurait convaincu lors d'un dîner. Je suis parti d'un tableur Excel et d'une question que je n'avais jamais…

Je ne suis pas parti d’un livre, ni d’un podcast, ni d’un ami qui m’aurait convaincu lors d’un dîner. Je suis parti d’un tableur Excel et d’une question que je n’avais jamais vraiment pris le temps de me poser : à quoi sert cet argent, là, sur ce Livret A ?

La réponse que j’ai trouvée ce soir-là m’a mis un peu mal à l’aise.


Pourquoi j’avais autant d’argent sur un Livret A sans jamais me poser de questions ?

Comme beaucoup de gens, j’ai appris à épargner par imitation. Mon père avait un Livret A. Ma mère aussi. C’était l’endroit où on mettait l’argent qu’on ne dépensait pas. L’endroit sûr. L’endroit qu’on ne touchait pas.

J’ai suivi la même logique pendant des années. Chaque mois, je mettais de côté une somme fixe sur mon Livret A. La somme grossissait. Je me sentais responsable. Prudent. Adulte.

Ce que je ne faisais pas, c’est calculer ce que cet argent me rapportait vraiment. Pas en euros absolus, mais en rapport à l’inflation. Je n’avais tout simplement pas l’habitude de poser cette question.

Début 2022, j’avais un peu plus de 10 000 € sur ce Livret A. Et l’inflation venait de dépasser 3 %. Le taux du Livret A était à 0,5 %, avant sa hausse de février. La différence entre les deux, c’était 2,5 points de perte annuelle de pouvoir d’achat. Sur 10 000 €, ça représentait 250 € qui s’évaporaient chaque année, invisible sur mon relevé de compte, bien réels dans ma capacité à acheter des choses.


Qu’est-ce qui m’a finalement décidé à changer quelque chose ?

Ce n’est pas une révélation soudaine. C’est une accumulation.

Il y a d’abord eu ce relevé de compte de janvier, avec 47 € d’intérêts sur l’année pour mon Livret A. 47 €. J’avais fait mieux en revendant des affaires sur LeBonCoin un samedi matin.

Ensuite, il y a eu cette conversation avec un collègue qui m’a mentionné son assurance vie, assez naturellement, comme on parlerait d’un abonnement de streaming. Pas de grande stratégie, pas de discours financier. Juste : « J’ai ouvert une assurance vie il y a quelques années, j’y mets 200 € par mois, je ne regarde pas ça tous les jours. » Il avait l’air aussi peu stressé qu’un homme peut l’être en parlant d’argent.

Et puis il y a eu le tableur. Un soir de janvier, j’ai passé deux heures à calculer ce que mes 10 000 € seraient devenus si j’avais investi une partie il y a cinq ans sur un fonds diversifié, contre ce qu’ils avaient réellement produit sur mon Livret A. L’écart était là, en cellule C14, sans ambiguïté. Je n’avais pas perdu d’argent. Mais j’avais laissé passer une opportunité de le faire travailler pendant cinq ans.

Ce n’était pas une catastrophe. C’était un constat. Et les constats, ça se corrige.


Comment j’ai décidé par où commencer, sans formation ni conseiller ?

Je suis ingénieur de formation. Mon réflexe naturel face à un problème complexe, c’est de le décomposer en sous-problèmes simples. Alors c’est ce que j’ai fait.

Première question : est-ce que mon épargne de précaution est au bon niveau ? J’ai calculé trois mois de dépenses fixes. J’y étais. Je pouvais donc mettre de l’argent ailleurs sans risque.

Deuxième question : quelles enveloppes existent, et lesquelles correspondent à ma situation ? J’ai passé quelques soirées à lire les sites de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) et des comparateurs réglementés. Deux enveloppes ont retenu mon attention : l’assurance vie pour le moyen terme, le PEA pour le long terme.

Troisième question : par quoi commencer concrètement ? L’assurance vie m’a semblé le meilleur point d’entrée, parce qu’elle accepte des versements libres, n’a pas de plafond de versement, et offre une flexibilité que le PEA n’a pas sur les premières années. J’ai ouvert un contrat en ligne, chez un assureur dont les frais étaient transparents et faibles. J’ai commencé avec 1 000 €, puis j’ai mis en place un virement mensuel automatique.

Ce n’était pas plus compliqué que ça. Trois questions, quelques soirées de lecture, une ouverture de compte en ligne.


Ce que j’aurais fait différemment si j’avais compris plus tôt

Je n’aurais pas attendu que l’inflation atteigne 3 % pour me poser la question. L’inflation à 1 %, c’est déjà une raison de diversifier. L’urgence n’est pas le bon moteur pour ce genre de décision.

J’aurais aussi compris plus tôt que l’investissement long terme et l’épargne de précaution ne s’opposent pas. Pendant des années, j’avais une vision binaire : soit vous mettez votre argent en sécurité (Livret A), soit vous prenez des risques (la bourse, que je confondais vaguement avec la spéculation). La réalité est plus nuancée. On peut avoir les deux, à condition de bien séparer les rôles.

Enfin, j’aurais arrêté plus tôt de croire que ce sujet était réservé aux gens qui « comprennent la finance ». Je suis ingénieur, j’ai une formation scientifique solide, et même moi j’avais intégré l’idée que la gestion de patrimoine était une discipline obscure réservée aux conseillers en costume. Ce n’est pas vrai. Les bases sont accessibles. La complexité vient après, et elle est optionnelle.

Vous n’avez pas besoin de tout savoir pour commencer. Vous avez besoin de comprendre les fondamentaux, de choisir des outils simples, et de vous y tenir dans la durée.


FAQ

Faut-il un certain niveau de revenu pour commencer à investir ?

Non. La plupart des assurances vie en ligne acceptent des versements à partir de 100 € ou moins. Certains PEA sont ouverts sans versement minimum obligatoire. Ce qui compte davantage que le montant initial, c’est la régularité. Un virement mensuel de 100 € sur dix ans produit des effets bien réels, même en partant de zéro.

N’est-ce pas risqué d’investir soi-même, sans conseiller ?

Ça dépend de ce que vous faites. Investir en bourse sans se former sur des produits complexes peut effectivement être risqué. Mais ouvrir une assurance vie sur un fonds euros ou un ETF indiciel diversifié, en comprenant à quoi sert chaque euro, c’est une démarche accessible et documentée. L’AMF publie des guides gratuits pour les épargnants non professionnels. Le risque zéro n’existe pas, mais l’investissement non averti se distingue clairement de l’investissement éclairé.

Combien de temps faut-il pour voir ses premiers résultats ?

Ça dépend des marchés, et personne ne peut vous le garantir à l’avance. Ce que les données historiques sur des indices larges comme le MSCI World montrent, c’est qu’un horizon de dix ans ou plus rend la probabilité de perte très faible. Le court terme, lui, est imprévisible. Si vous avez besoin de votre argent dans deux ans, n’investissez pas cette somme en unités de compte.

Je ne suis pas conseiller en gestion de patrimoine. Cet article reflète mon expérience personnelle et a une vocation pédagogique. Il ne constitue pas un conseil personnalisé en investissement.

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