Depuis janvier 2022, les marchés financiers ont perdu entre 10 et 15 % selon les indices. Et chaque fois que les marchés baissent, la même question revient dans les conversations : « Est-ce que je ne devrais pas tout mettre sur le fonds euros, juste pour être tranquille ? » C’est une réaction humaine parfaitement compréhensible. C’est aussi, dans la majorité des cas, la mauvaise décision sur le long terme.
Voici comment comprendre la différence entre les deux types de supports, et surtout comment choisir selon votre situation réelle.
À quoi servent le fonds euros et les unités de compte dans une assurance vie ?
Une assurance vie est une enveloppe. Ce que vous y mettez dedans, c’est ce qui détermine votre risque et votre rendement potentiel.
Le fonds euros est le support garanti. Votre capital ne peut pas baisser. Chaque année, les intérêts produits sont définitivement acquis, c’est le mécanisme dit « d’effet cliquet ». En contrepartie, le rendement est limité : en 2021, le rendement moyen des fonds euros en France s’établissait autour de 1,3 % brut selon la Fédération Française de l’Assurance, soit environ 1,1 % net après prélèvements sociaux. Suffisant pour limiter la casse en période de faible inflation, insuffisant pour 2022.
Les unités de compte (UC) sont des supports investis sur des marchés : actions, obligations, immobilier coté, et notamment des ETF. Leur valeur fluctue avec les marchés, à la hausse comme à la baisse. Votre capital n’est pas garanti. En contrepartie, leur potentiel de rendement sur longue période est significativement supérieur à celui du fonds euros. Un ETF répliquant le MSCI World a affiché, sur les vingt dernières années, un rendement annualisé de l’ordre de 8 à 10 % brut. Ce chiffre inclut des années de forte baisse comme 2008 ou 2022. C’est là l’essentiel : sur la durée, la volatilité lisse.
Pourquoi mettre tout son argent en fonds euros est souvent une erreur, même en période de turbulences ?
La tentation est forte quand les marchés reculent. Mais elle repose sur une confusion entre deux notions : le risque de perte temporaire et le risque de perte définitive.
Une baisse de 15 % sur un ETF actions n’est une perte définitive que si vous vendez pendant la baisse. Si votre horizon de placement est de dix ou quinze ans, cette baisse fait partie du chemin normal. Les données historiques sur des indices larges comme le MSCI World montrent qu’aucune période de dix ans glissants n’a été négative depuis sa création.
À l’inverse, garder 100 % de son épargne long terme sur un fonds euros à 1,1 % net avec une inflation à 5 % en 2022, c’est une perte certaine de pouvoir d’achat. Silencieuse, invisible sur le relevé de compte, mais réelle.
Ce n’est pas un argument pour fuir le fonds euros. C’est un argument pour ne pas lui confier davantage que ce que votre horizon le justifie.
Comment décider quelle répartition est adaptée à votre situation personnelle ?
Deux questions suffisent pour cadrer la décision.
La première : quand aurez-vous besoin de cet argent ? Si votre horizon est inférieur à trois ans, le fonds euros est adapté, les UC ne le sont pas. Entre trois et cinq ans, une répartition majoritairement fonds euros avec une petite part en UC peut avoir du sens. Au-delà de cinq ans, et encore plus au-delà de dix ans, les UC peuvent représenter une part croissante de votre allocation.
La deuxième : comment réagissez-vous psychologiquement à la volatilité ? Si voir votre encours baisser de 15 % sur votre tableau de bord vous pousse à tout liquider, une forte proportion en UC est contre-productive, quel que soit votre horizon. La meilleure stratégie est celle que vous êtes capable de tenir dans la durée. Un fonds euros à 100 % tenu vingt ans vaut mieux que des UC à 80 % dont vous sortez en panique au premier krach.
J’ai commencé avec une répartition de 50 % fonds euros / 50 % UC quand j’ai ouvert mon contrat début 2022. Pas parce que c’est la formule optimale, mais parce que c’est celle que j’étais capable de maintenir sans vérifier mes performances tous les matins. Quelques mois plus tard, je comprends mieux ma propre tolérance à la volatilité, et j’ajuste progressivement.
Peut-on modifier sa répartition après l’ouverture du contrat, et à quel coût ?
Oui, et c’est l’un des avantages réels de l’assurance vie. Une opération d’arbitrage vous permet de déplacer de l’argent d’un support vers un autre, à l’intérieur du contrat, sans déclencher d’événement fiscal. Vous ne « vendez » pas au sens fiscal du terme : tant que l’argent reste dans l’enveloppe, il n’y a pas d’imposition sur les plus-values.
Certains contrats facturent des frais d’arbitrage. Les bons contrats en ligne ne facturent rien, ou offrent un nombre d’arbitrages gratuits par an. C’est un point à vérifier avant d’ouvrir un contrat, au même titre que les frais de gestion.
Ce qui est important : éviter de faire des arbitrages trop fréquents en fonction de l’humeur des marchés. C’est la recette pour acheter haut et vendre bas, systématiquement. Définir une répartition initiale cohérente avec votre horizon, l’ajuster une fois par an si nécessaire, c’est suffisant.
FAQ
Est-il possible d’avoir uniquement des unités de compte dans son assurance vie ?
Oui, la grande majorité des contrats modernes ne vous obligent pas à détenir un minimum en fonds euros. Certains assureurs proposent même des contrats « 100 % UC ». Cela peut être pertinent sur un très long horizon, mais implique que vous acceptez des variations significatives de valeur sur votre encours.
Le fonds euros de ma banque est-il le même que celui d’un assureur en ligne ?
Non. Les fonds euros varient significativement d’un assureur à l’autre en termes de rendement et de composition. Certains fonds euros investissent majoritairement en obligations d’État, d’autres incluent une part d’immobilier ou d’actions pour améliorer le rendement. Le rendement net de prélèvements sociaux de votre fonds euros figure dans les documents contractuels ou dans le rapport annuel de votre assureur.
Que se passe-t-il si les marchés baissent de 30 % et que j’ai des UC ?
La valeur de vos UC baisse proportionnellement. Mais tant que vous ne faites pas de rachat pendant la baisse, cette perte n’est pas définitive. Sur un horizon long, les données historiques des grands indices montrent une tendance à la recovery après chaque baisse significative. La pire chose à faire est de vendre en période de repli. La meilleure est de ne rien faire, voire de continuer à investir si votre situation le permet.