2022 a été une année difficile pour les marchés financiers. Le MSCI World a perdu environ 13 % en euros. Le CAC 40 a reculé d’un peu moins de 10 %. L’inflation française a atteint 5,9 % en moyenne annuelle selon l’INSEE. Et le Livret A, passé de 1 % à 2 %, est resté bien en dessous de l’inflation pendant toute l’année.
Dans ce contexte, voici un bilan honnête de ma première année d’investisseur passif.
Ce que ma première année d’investissement passif a vraiment produit en chiffres
J’ai ouvert mon PEA en janvier 2022 et commencé à y verser 300 € par mois sur un ETF MSCI World. J’ai ouvert mon assurance vie un peu avant, avec un versement initial puis des versements mensuels de 200 € en unités de compte.
Sur douze mois, mon portefeuille global affiche une performance négative en valeur absolue. C’est la réalité. Les marchés ont baissé, mes parts valent moins que ce que j’ai versé en cumulé. Si je regarde la valeur de mon portefeuille au 15 décembre 2022 comparée à mes versements totaux, je suis en moins-value latente.
Mais je refuse de m’arrêter à ce chiffre seul, et voici pourquoi.
Pourquoi une moins-value en 2022 n’est pas une défaite pour un investisseur de long terme
Première chose : une moins-value latente n’est pas une perte. Elle n’existe que sur le papier tant que vous ne vendez pas. Si je vends aujourd’hui, je perds réellement. Si je continue à investir, je n’ai perdu qu’une fluctuation temporaire.
Deuxième chose : grâce à mon investissement mensuel régulier, j’ai acheté des parts d’ETF pendant toute l’année à des prix progressivement plus bas qu’en janvier. Les parts achetées en octobre 2022 m’ont coûté significativement moins cher que celles achetées en janvier. Mon prix moyen d’achat est plus bas que si j’avais tout investi le 1er janvier. C’est exactement l’effet DCA décrit dans l’article du mois dernier.
Troisième chose, la plus importante : comparer à l’alternative. Si j’avais gardé les mêmes sommes sur mon Livret A tout au long de 2022, j’aurais perdu en pouvoir d’achat à hauteur de l’inflation moins le taux du Livret A. Avec une inflation à 5,9 % et un Livret A moyen autour de 1,5 % sur l’année, la perte réelle sur un Livret A plein aurait été de l’ordre de 4 % de pouvoir d’achat. Ce n’est pas visible sur le relevé de compte. Mais c’est bien réel.
Mon portefeuille d’ETF est en moins-value nominale. Mon Livret A, lui, aurait été en moins-value réelle garantie. La différence, c’est que je le sais et que j’ai agi en conséquence.
Qu’est-ce que j’ai fait en 2022 que je referais, et ce que j’aurais fait différemment
Ce que je referais : ne rien toucher aux moments de forte baisse. En juin et en septembre, les marchés ont particulièrement décliné. J’ai eu envie de mettre en pause les virements. Je ne l’ai pas fait. Je suis très content de cette décision.
Ce que je referais aussi : avoir mon épargne de précaution clairement séparée et intouchable. Le fait de savoir que mon Livret A couvrait plusieurs mois de dépenses m’a permis de ne jamais être dans la situation de devoir vendre mes ETF pour faire face à un imprévu. Cette sécurité psychologique est sous-estimée par beaucoup d’investisseurs débutants.
Ce que j’aurais fait différemment : j’aurais évité de regarder mon portefeuille trop souvent en début d’année. Entre mars et mai, je consultais mon application presque tous les jours. C’est une dépense d’énergie mentale qui n’apporte rien, et qui augmente le risque de céder à une décision émotionnelle. Depuis l’été, je me limite à un regard rapide une fois par mois, et un vrai bilan une fois par trimestre. C’est suffisant.
Ce que 2022 m’a confirmé sur l’investissement passif à long terme
L’investissement indiciel n’est pas une promesse de rendement positif chaque année. Les marchés montent et descendent, et 2022 en est une illustration parfaite : la pire année depuis 2008 pour les actions mondiales et la pire pour les obligations depuis des décennies, simultanément.
Ce que la stratégie passive promet, c’est de capturer, sur longue période, la croissance économique mondiale à moindres frais, sans avoir à prédire quelles entreprises vont gagner ou perdre. Cette promesse ne tient que si vous restez investi. Sortir en 2022 pour revenir en 2023 (si les marchés remontent) signifie acheter plus cher qu’on a vendu. C’est mécaniquement réducteur de performance.
2022 m’a coûté de la performance nominale à court terme. Il m’a donné quelque chose de bien plus précieux : la conviction que je suis capable de tenir ma stratégie dans la tempête. Et ça, ça ne se simule pas sur un tableur.
FAQ
Est-ce que les marchés vont remonter en 2023 ?
Je n’en ai aucune idée. Personne ne le sait avec certitude. Ce que les données historiques montrent, c’est que les marchés ont tendance à se redresser après des années de forte baisse. Mais ni le timing ni l’ampleur ne sont prévisibles. La stratégie passive répond précisément à cette incertitude : on n’essaie pas de prévoir, on investit régulièrement et on attend.
Dois-je me préoccuper de l’inflation en 2023 pour ma stratégie d’investissement ?
L’inflation affecte votre pouvoir d’achat sur votre épargne non investie. Elle n’affecte pas directement la valeur nominale de vos ETF, qui est déterminée par les marchés. Sur le long terme, les entreprises qui composent les grands indices répercutent généralement l’inflation sur leurs prix et leurs bénéfices, ce qui tend à protéger partiellement la valeur réelle d’un portefeuille d’actions diversifié. Ce n’est pas une garantie, mais c’est une des raisons pour lesquelles les actions sont historiquement considérées comme une protection partielle contre l’inflation.
Que faire si j’ai commencé à investir en 2022 et que je suis en moins-value ?
Exactement ce que je fais : continuer. Votre moins-value latente n’est pas une erreur de stratégie. C’est une fluctuation de marché intervenue au début de votre trajectoire. Si votre horizon est de dix ans ou plus, 2022 sera un souvenir dans vos données historiques personnelles. La vraie erreur serait de vendre maintenant pour « éviter de perdre davantage » et de rater le rebond éventuel.