Le MSCI World a rebondi de plus de 20 % depuis ses points bas d’octobre 2022. Les marchés sont « trop hauts ». Il faudrait « attendre une correction » pour entrer. Cette phrase, ou une variante proche, revient dans presque toutes les conversations sur l’investissement avec des personnes qui envisagent de se lancer. Elle semble prudente. Elle est en réalité l’une des formes les plus coûteuses de procrastination financière.
Pourquoi « attendre la prochaine baisse » est une stratégie perdante sur la durée ?
Le raisonnement derrière l’attente d’une correction est intuitif : acheter moins cher, c’est mieux. C’est vrai. Le problème est qu’on ne sait pas quand la correction arrivera, de quelle ampleur elle sera, ni combien de temps les marchés mettront à atteindre leur prochain creux.
Pendant votre attente, deux choses se passent. D’abord, votre argent stagne sur un compte ou un livret à un rendement inférieur aux marchés. Ensuite, les marchés montent souvent avant de corriger, ce qui signifie que vous finissez par acheter plus cher que si vous aviez commencé tout de suite.
JP Morgan Asset Management publie régulièrement une étude sur l’impact des dix meilleures journées boursières sur la performance totale d’un portefeuille. Sur vingt ans de S&P 500, l’investisseur resté investi en permanence obtient une performance annualisée nettement supérieure à celui qui a raté ces dix journées. Et ces journées de hausse exceptionnelle surviennent typiquement juste après des périodes de forte baisse, quand les investisseurs qui ont « attendu » sont encore en dehors du marché.
Le problème du timing de marché n’est pas d’acheter au mauvais moment. C’est de rater le rebond qui suit.
Que disent les données sur le « meilleur moment » pour investir ?
Vanguard a publié une analyse portant sur les marchés américains, comparant trois stratégies sur des données historiques de longue période : investir immédiatement une somme disponible (lump sum), étaler l’investissement sur douze mois (DCA), et attendre la « correction parfaite » (investir uniquement au plus bas de chaque année).
Résultat : investir immédiatement bat le DCA dans environ deux tiers des scénarios historiques testés. Et le DCA bat systématiquement l’attente de la « correction parfaite », même quand celle-ci finit par arriver. La raison est simple : pendant qu’on attend, on ne profite pas de la hausse qui précède la correction, et on ne sait jamais à l’avance si la baisse suivante sera de 5 % ou de 40 %.
Autrement dit : même en supposant que vous soyez capable de prédire qu’une correction va arriver (ce que personne ne peut faire de façon fiable), vous ne savez pas de quand ni de combien. Et pendant que vous attendez, le marché peut très bien monter encore de 15 % avant de corriger de 10 %.
Les marchés sont au plus haut en 2023 : est-ce vraiment un signal d’alerte ?
Les marchés « au plus haut » est un état statistiquement très fréquent dans l’histoire boursière. Sur l’ensemble de l’histoire du S&P 500 depuis 1950, les marchés atteignent de nouveaux sommets historiques dans environ 30 % du temps. Autrement dit, sur trois journées de trading, une se passe avec l’indice à un niveau qui n’avait jamais été atteint auparavant.
Si investir au plus haut était systématiquement une mauvaise idée, le marché ne pourrait pas monter sur le long terme. Ce qui monte doit bien passer par des plus hauts successifs.
La vraie question n’est pas « est-ce que les marchés sont hauts ? » Elle est : « Mon horizon de placement est-il suffisamment long pour absorber une baisse éventuelle ? » Si la réponse est oui, comme c’est le cas pour la plupart des investisseurs qui placent pour leur retraite ou leur avenir à dix ans ou plus, alors attendre une correction ne fait pas de sens.
Quelle est la bonne approche si on a peur d’entrer au mauvais moment ?
La réponse honnête : si la peur de mal timer votre entrée vous empêche d’investir, utilisez le DCA. Étalez votre investissement sur six à douze mois. Vous ne maximisez pas votre rendement statistique, mais vous vous protégez psychologiquement d’un scénario catastrophe (investir la totalité juste avant un krach majeur) et vous supprimez la paralysie de la décision.
Ce que je fais depuis que j’investis : un virement automatique mensuel, le même montant, quels que soient les niveaux des marchés. En janvier 2023, après la baisse de 2022, mes achats automatiques ont capté des prix bas. Au printemps 2023, ils ont acheté plus cher. Sur dix ans, la moyenne de ces points d’entrée sera quelque part entre les hauts et les bas. C’est suffisant.
La question « est-ce le bon moment ? » est la mauvaise question. La bonne question est : « Ai-je un horizon suffisant pour supporter la volatilité normale des marchés ? » Si oui, n’importe quel moment est le bon moment.
FAQ
Et si j’investis juste avant un krach de 40 % ?
C’est le scénario que tout le monde redoute. La réponse dépend de votre horizon. Si vous aviez investi sur un ETF MSCI World juste avant la crise de 2008 (pire moment possible), vous seriez revenu à votre mise initiale environ quatre ans plus tard, et significativement en gain dix ans plus tard. Si votre horizon est de quinze ans ou plus, même le pire point d’entrée historique s’est révélé profitable. Si votre horizon est de deux ans, n’investissez pas en actions.
Est-ce qu’un ETF MSCI World peut ne jamais remonter après une forte baisse ?
Ce scénario supposerait l’effondrement durable de l’ensemble de l’économie des marchés développés mondiaux. Ce n’est pas impossible dans l’absolu, mais c’est un scénario si extrême que dans ce cas-là, ni votre Livret A ni votre immobilier ne seraient épargnés non plus. On parle ici d’investissement dans le cadre d’une économie mondiale qui continue de fonctionner.
Faut-il arrêter ses versements mensuels si les marchés montent fortement ?
Non. L’un des avantages du DCA est précisément de supprimer cette décision récurrente. Vos versements continuent indépendamment des niveaux de marché. Si vous commencez à moduler vos versements en fonction des fluctuations, vous glissez vers du market timing déguisé, avec tous les inconvénients qui y sont associés.