2024 a été une année étrange à vivre en tant qu’investisseur passif. Les marchés mondiaux ont terminé en forte hausse, avec le MSCI World progressant d’environ 18 à 20 % en euros sur l’année. Mais cette performance finale masque ce que beaucoup ont vécu au fil des mois : des semaines de tension, une correction significative en août, des oscillations liées aux résultats électoraux américains, des doutes sur les valorisations technologiques.
Pour la première fois depuis que j’investis, j’ai eu plusieurs moments où l’envie de faire quelque chose était réelle. Je n’ai rien fait. Et c’était la bonne décision.
Ce qui s’est passé sur les marchés en 2024, mois par mois
Le premier semestre 2024 a été globalement solide, porté par l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle et la résilience de l’économie américaine. Les records historiques se sont enchaînés sur le S&P 500 et le Nasdaq.
En juillet, une première correction est venue refroidir les ardeurs : inquiétudes sur la croissance américaine, révision à la hausse des taux japonais qui a provoqué un débouclement brutal du carry trade. Sur une semaine début août, le MSCI World a perdu plusieurs points de pourcentage en quelques jours. Les manchettes ont été alarmistes.
J’ai regardé mon portefeuille ce week-end d’août. J’ai relu ma note de stratégie. J’ai rien fait.
Les marchés ont rebondi dans les semaines suivantes. En octobre-novembre, l’élection américaine a généré une nouvelle vague de volatilité, puis une hausse rapide portée par l’anticipation d’une politique économique favorable aux marchés. Des secteurs entiers ont bougé de plusieurs dizaines de points de pourcentage en quelques semaines.
J’ai regardé. J’ai rien fait.
Pourquoi ne rien faire en 2024 a produit un résultat meilleur que presque toute autre stratégie ?
Le MSCI World termine l’année avec une performance exceptionnelle. Ceux qui avaient vendu en août « pour limiter la casse » ont raté le rebond. Ceux qui avaient attendu les élections américaines pour « voir comment ça se passe » ont souvent racheté après la hausse post-électorale, à des prix plus élevés que s’ils n’avaient jamais vendu.
Les investisseurs qui ont simplement maintenu leurs versements automatiques mensuels ont bénéficié d’un prix moyen d’achat favorable sur les périodes de baisse, et d’une exposition complète au rebond. Sans aucune décision active.
Ce résultat n’est pas exceptionnel pour un millésime haussier. Il est systématique sur longue période. L’inaction disciplinée d’un investisseur passif bat la réactivité émotionnelle d’un investisseur actif dans la grande majorité des années, et sur la quasi-totalité des décennies observées.
Ce que cette troisième année d’investissement m’a appris sur moi-même
La première année (2022), j’avais appris à tenir une perte. Les marchés avaient baissé, et j’avais découvert que je pouvais maintenir mes versements même quand le portefeuille était en rouge.
La deuxième année (2023), j’avais appris à ne pas vendre au moment des rebonds. La tentation de « sécuriser les gains » est presque aussi puissante que la tentation de « couper les pertes ». J’avais tenu.
2024 m’a appris quelque chose de plus subtil : distinguer la volatilité normale du signal réel. Il y a eu plusieurs moments cette année où j’aurais pu construire un argumentaire rationnel pour changer quelque chose. Les valorisations tech sont élevées. La correction d’août semblait préfigurer quelque chose. Les incertitudes géopolitiques étaient nombreuses.
Tous ces argumentaires étaient des rationalisations habillées en analyse. Ils masquaient une impulsion émotionnelle de faire quelque chose dans un environnement incertain.
La réalité : mon horizon n’avait pas changé. Ma tolérance à la volatilité n’avait pas changé. Mon besoin de liquidité n’avait pas changé. Aucun de mes trois paramètres de décision n’avait bougé. Il n’y avait rien à décider.
Quelles résolutions pour 2025 ?
Maintenir les versements automatiques. Réviser le montant à la hausse lors du bilan annuel de décembre. Continuer à résister à la tentation d’optimiser en permanence.
Et peut-être une nouveauté : commencer à m’interroger sérieusement sur la diversification de mes enveloppes au-delà du PEA et de l’assurance vie, maintenant que le PEA approche progressivement de son plafond de versements. Ce sera le sujet des mois à venir.
FAQ
Si 2024 a bien performé, est-ce que 2025 risque de corriger ?
Personne ne le sait. Les années de forte performance sont suivies aussi bien d’autres années de hausse que d’années de baisse, sans régularité statistique claire. La performance de 2024 ne prédit pas 2025. C’est précisément pour cela qu’on investit régulièrement plutôt que de tenter de timer les cycles.
Faut-il profiter de la bonne performance de 2024 pour sécuriser ses gains ?
Si votre horizon de placement est encore de dix ans ou plus, sécuriser les gains signifie réduire l’exposition aux actifs qui ont le potentiel de générer le rendement dont vous avez besoin. Sur un horizon long, c’est rarement une décision rationnelle. Si votre horizon s’est rapproché (vous avez besoin de cet argent dans trois à cinq ans), un rééquilibrage progressif vers des actifs moins volatils peut avoir du sens. C’est une révision de votre allocation, pas une réaction à la performance de 2024.
Après trois ans d’investissement, est-ce que j’ai des regrets ?
Mon seul regret est de ne pas avoir commencé plus tôt. Pas de regret sur la stratégie choisie, pas de regret sur les moments où je n’ai pas agi. Chaque fois que j’ai résisté à une impulsion et maintenu le cap, c’était la bonne décision dans la quasi-totalité des cas.