L’inflation à 3,6 % en janvier 2022, c’est le chiffre que l’INSEE vient de publier. Et si vous avez de l’argent sur un compte courant ou sur un livret à taux faible, ce chiffre vous concerne directement. Votre argent ne disparaît pas. Il est toujours là, à l’euro près. Mais sa capacité à acheter des choses réelles, elle, s’érode. Chaque mois. En silence.
C’est ça, l’inflation. Et c’est moins compliqué qu’il n’y paraît.
Qu’est-ce que l’inflation, concrètement, et pourquoi ça vous touche même si vous ne spéculez pas ?
L’inflation, c’est la hausse générale des prix. Quand elle est à 3,6 % sur un an, ça signifie qu’un panier de biens et services qui coûtait 100 € en janvier 2021 en coûte 103,60 € en janvier 2022. L’INSEE mesure ça chaque mois via l’indice des prix à la consommation, qui couvre plusieurs centaines de produits : alimentation, énergie, logement, santé, loisirs.
Ce qui compte pour vous, c’est la conséquence directe : si vos revenus et votre épargne progressent moins vite que les prix, vous pouvez acheter moins de choses avec la même somme d’argent. Votre niveau de vie recule, même si votre solde bancaire ne bouge pas.
Et c’est précisément là que le piège se referme sur l’épargnant qui ne fait rien.
Comment l’inflation ronge silencieusement une épargne qui ne travaille pas ?
Un compte courant ne rapporte rien. Zéro. Votre banque y fait fructifier votre argent à son profit, pas au vôtre. Si l’inflation est à 3,6 %, chaque euro laissé sur ce compte perd 3,6 centimes de pouvoir d’achat sur l’année.
Le Livret A vient de passer à 1 % au 1er février 2022. C’est mieux que zéro, mais c’est toujours 2,6 points en dessous de l’inflation. Votre argent perd du terrain, juste un peu moins vite.
La mécanique est lente. C’est pour ça qu’elle est dangereuse. On ne ressent pas la perte immédiatement. On la constate, un jour, quand on réalise que les travaux qu’on avait prévus coûtent 15 % de plus qu’estimé, que la voiture de remplacement est hors de portée, que le budget vacances ne couvre plus autant qu’avant. À ce moment-là, l’érosion a déjà eu lieu.
Combien perd-on concrètement sur 10 000 € laissés sur un compte courant pendant cinq ans ?
Prenons un cas simple. Vous avez 10 000 € sur un compte courant. Taux : 0 %. Inflation moyenne sur cinq ans : 2,5 % par an (hypothèse prudente, inférieure au taux actuel).
Au bout de cinq ans, votre solde affiche toujours 10 000 €. Mais pour acheter ce que 10 000 € achetaient en 2022, il vous faudrait environ 11 314 €. Vous avez perdu l’équivalent de 1 314 € de pouvoir d’achat. Pas un centime n’a quitté votre compte. Vous avez juste rien fait.
Si à la place vous aviez placé ces 10 000 € sur un Livret A à 1 %, vous récupérerez environ 10 510 € bruts sur cinq ans. C’est mieux. Mais ça reste en recul de 800 € de pouvoir d’achat par rapport à l’inflation hypothétique retenue.
Ces chiffres ne servent pas à vous inquiéter. Ils servent à rendre visible quelque chose qui est normalement invisible, parce qu’aucun relevé de compte ne vous montre la perte en pouvoir d’achat. Seulement le solde nominal.
L’inflation de 2022 est-elle une anomalie, ou faut-il s’y habituer ?
La question est légitime. Entre 2013 et 2021, l’inflation en France n’a presque jamais dépassé 1,5 % par an. Le Livret A à 0,5 % était certes négatif en termes réels, mais très légèrement. La situation de 2022 est différente : une inflation tirée par l’énergie, les matières premières et les perturbations post-Covid qui s’accumulent.
Personne ne peut vous dire avec certitude si 3,6 % est le pic ou le début d’une période durable. Ce que l’histoire économique enseigne, selon les données de la Banque de France sur les cinquante dernières années, c’est que l’inflation est un phénomène cyclique. Elle monte, elle baisse, elle revient. Miser sur son retour rapide à 0 % pour ne rien changer à sa stratégie d’épargne, c’est un pari risqué.
Ce qui est plus sage : construire une organisation de son épargne qui résiste à différents scénarios, inflation haute ou basse.
Que peut-on faire concrètement pour ne pas subir l’inflation sur son épargne ?
La réponse n’est pas de tout placer en bourse demain matin. Ce serait remplacer un risque par un autre.
La réponse, c’est de différencier ce que vous faites avec votre argent selon l’usage que vous en avez. L’épargne de précaution (trois à six mois de dépenses, disponible immédiatement) a sa place sur un Livret A ou un LDDS. C’est son rôle. Pour cette part, vous acceptez un rendement limité en échange de la disponibilité et de la garantie.
Pour l’argent que vous n’aurez pas besoin avant cinq, dix ou quinze ans, la logique change. D’autres enveloppes existent, comme l’assurance vie multisupport ou le PEA, qui permettent d’accéder à des actifs dont le rendement historique dépasse l’inflation sur la durée. Ces outils ne sont pas réservés aux experts. Ils sont accessibles, réglementés, et ouverts à n’importe qui.
Je ne développe pas tout ici : le sujet mérite un article entier pour chaque enveloppe. Mais si vous ne saviez pas encore pourquoi l’inflation vous concernait, maintenant vous savez. Et vous avez une première piste pour agir.
FAQ
L’inflation s’applique-t-elle à tous mes comptes, même le Livret A ?
Oui. L’inflation érode le pouvoir d’achat de tous vos avoirs, quel que soit leur support. Ce qui varie, c’est l’ampleur de la perte selon le rendement de votre placement. Un Livret A à 1 % avec une inflation à 3,6 % vous fait perdre 2,6 % de pouvoir d’achat par an. Un compte courant à 0 % vous en fait perdre 3,6 %.
Faut-il s’inquiéter si l’inflation dépasse le taux de mon livret ?
Pas s’inquiéter, non. Mais en être conscient, oui. L’inquiétude ne sert à rien. La conscience, si : elle vous permet de décider en connaissance de cause si vous voulez garder votre organisation actuelle ou en changer une partie.
Comment l’INSEE calcule-t-il l’inflation ?
L’INSEE calcule chaque mois l’indice des prix à la consommation (IPC) en relevant les prix de plusieurs centaines de produits et services répartis en grandes familles : alimentation, habillement, logement, transports, santé, loisirs. La pondération de chaque famille reflète le poids moyen de ces dépenses dans le budget des ménages français. Le résultat est publié chaque mois sur le site de l’INSEE, librement accessible.