C’est officiel depuis ce matin. Le taux du Livret A passe de 3 % à 2,4 % au 1er février 2025. La Banque de France avait recommandé ce niveau depuis plusieurs semaines, en ligne avec la formule de calcul reflétant la baisse de l’inflation et la détente des taux courts. Le gouvernement a suivi la recommandation.
Ce mouvement clôt une période qui n’avait pas de précédent depuis 2008 : deux ans à 3 %, avec une inflation qui avait rendu le Livret A presque suffisant pour préserver le pouvoir d’achat. Cette fenêtre est fermée.
Ce que ce passage à 2,4 % change concrètement pour votre Livret A
Sur un Livret A plein à 22 950 €, la différence annuelle entre 3 % et 2,4 % représente environ 138 € d’intérêts en moins. Ce n’est pas négligeable, mais ce n’est pas non plus une catastrophe.
Ce qui change davantage, c’est la position relative du Livret A face à l’inflation. Avec une inflation qui s’établit autour de 1,5 à 2 % en ce début 2025 selon les premières estimations, un Livret A à 2,4 % offre encore un taux réel légèrement positif : environ 0,4 à 0,9 % selon les chiffres retenus. C’est infiniment mieux que la situation de 2022 (taux réel à -5 %), mais c’est aussi nettement moins flatteur que le 3 % des deux années précédentes.
Pourquoi « l’âge d’or » des livrets réglementés est derrière nous (pour l’instant)
La période 2022-2024 était une anomalie, pas une norme. Des taux d’inflation à 5 ou 6 % ont forcé la Banque Centrale Européenne à relever ses taux directeurs à des niveaux inédits depuis la création de l’euro. Le Livret A et le LEP ont suivi mécaniquement.
Maintenant que l’inflation se modère vers les cibles des banques centrales (2 % pour la BCE), les taux directeurs baissent, et les livrets réglementés suivent le même chemin. La normalisation est en cours, et elle n’est probablement pas terminée. Sauf choc économique majeur, le Livret A devrait continuer à se rapprocher de son niveau historique moyen, autour de 1,5 à 2 %.
Pour ceux qui avaient redécouvert les livrets réglementés pendant la période d’inflation et qui espéraient que ce niveau durerait : c’est le bon moment de prendre en compte cette réalité.
Que changer dans sa stratégie face à cette baisse ?
Pour votre épargne de précaution, rien. Le Livret A à 2,4 % reste l’outil optimal pour votre matelas de sécurité : disponible immédiatement, garanti, exonéré de fiscalité. Le rendement moindre ne change pas sa fonction.
Pour l’argent au-delà de cette épargne de précaution, c’est une occasion de faire le point. Si vous aviez profité du taux à 3 % pour gonfler votre Livret A au-delà de votre besoin réel de liquidité, en différant des versements sur votre PEA ou votre assurance vie, la baisse à 2,4 % repose la question avec acuité.
Un calcul simple. Sur 10 000 € au-delà de votre épargne de précaution : à 2,4 % sur le Livret A, vous gagnez 240 € nets par an. Investis sur un ETF MSCI World avec un horizon de dix ans, ce capital a historiquement produit 7 % par an en moyenne, soit 700 € annualisés sur la durée. L’écart de rendement potentiel est de 460 € par an, sur cette seule tranche. Il existait déjà à 3 %. Il n’a pas fondamentalement changé.
Est-ce que la baisse du Livret A va inciter les Français à investir davantage ?
Historiquement, les baisses du Livret A ont effectivement coïncidé avec des transferts d’épargne vers l’assurance vie et les marchés actions. Ce phénomène a été observé après les baisses successives du taux entre 2013 et 2020.
C’est une réaction compréhensible, même si elle est déclenchée par la mauvaise raison. L’argument pour diversifier son épargne n’est pas « le Livret A ne rapporte plus assez ». L’argument est « mes objectifs à long terme nécessitent un rendement supérieur à ce que peut offrir n’importe quel placement garanti ». Cette logique était vraie à 3 %, elle reste vraie à 2,4 %.
Si vous commencez à vous poser ces questions aujourd’hui à cause de la baisse, bienvenue. La raison importe moins que le point d’arrivée.
FAQ
Le LEP suit-il la même trajectoire que le Livret A ?
Oui. Le LEP passe à 3,5 % au 1er février 2025, en baisse par rapport à ses 4 % d’août 2024. Il conserve son écart structurel avec le Livret A, ce qui en fait toujours l’outil le plus performant pour l’épargne de précaution des ménages éligibles.
Faut-il attendre une nouvelle baisse du Livret A avant de décider quoi faire de l’excédent ?
Non. Attendre la prochaine baisse pour décider, c’est remettre encore une fois la décision à plus tard. Si votre épargne de précaution est constituée et que vous avez de l’argent au-delà, le moment d’agir ne dépend pas du niveau du Livret A. Il dépend de votre horizon et de votre situation.
Le LDDS est-il également affecté par cette baisse ?
Oui. Le LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire) est indexé sur le même taux que le Livret A. Il passe donc également à 2,4 %, avec un plafond de versements de 12 000 €. Les deux livrets peuvent être détenus simultanément pour maximiser l’épargne réglementée disponible.