Épargne de précaution : combien faut-il mettre de côté avant d’investir ?

Avant d'investir quoi que ce soit, il y a une question à régler. Une seule, mais elle est non négociable : avez-vous une épargne de précaution suffisante ? Si la réponse est…

Avant d’investir quoi que ce soit, il y a une question à régler. Une seule, mais elle est non négociable : avez-vous une épargne de précaution suffisante ? Si la réponse est non, commencer à investir maintenant serait une erreur. Pas parce que l’investissement est risqué en soi, mais parce que sans filet de sécurité, le premier imprévu vous forcerait à revendre vos placements au pire moment.

Voici comment calculer votre propre chiffre, sans formule magique ni règle valable pour tout le monde.


À quoi sert exactement une épargne de précaution, et pourquoi est-ce la première chose à construire ?

Une épargne de précaution, c’est la somme que vous gardez disponible, immédiatement, pour faire face à un imprévu sans vous endetter et sans toucher à vos investissements. Panne de voiture, chaudière à remplacer, frais médicaux non remboursés, perte d’emploi temporaire : les événements imprévus ne préviennent pas.

Son rôle n’est pas de rapporter de l’argent. Son rôle est de vous donner la liberté d’investir le reste sereinement, sans avoir à liquider un portefeuille au mauvais moment parce qu’une facture inattendue est arrivée.

Sans ce coussin, vous n’investissez pas : vous spéculez avec de l’argent dont vous pouvez avoir besoin dans six mois.


Comment calculer le bon montant pour votre situation personnelle ?

La règle courante que vous entendrez partout : trois à six mois de dépenses. C’est un bon point de départ, mais appliqué aveuglément, il conduit à des erreurs dans les deux sens. Trop peu pour certains, trop pour d’autres.

La bonne approche part de vos dépenses fixes mensuelles, pas de votre salaire. Ce sont les dépenses qui tombent quoi qu’il arrive : loyer ou remboursement de crédit, charges, abonnements indispensables, alimentation de base, assurances, crédits en cours.

Un exemple concret. Vous avez les charges suivantes chaque mois :

  • Loyer : 850 €
  • Courses alimentaires : 400 €
  • Charges et abonnements essentiels : 150 €
  • Assurances : 80 €
  • Remboursement crédit voiture : 200 €

Total : 1 680 € par mois. Votre épargne de précaution cible se situe entre 5 000 € (trois mois) et 10 000 € (six mois).

Maintenant, affinez ce chiffre selon votre situation réelle. Si vous êtes salarié en CDI avec un conjoint qui travaille, trois mois suffisent. Si vous êtes indépendant, intérimaire ou en CDD, allez plutôt vers six. Si vous avez des enfants ou des dépendants à charge, ajoutez une marge. Si votre voiture a dix ans et votre chaudière a quinze, anticipez.

Il n’y a pas de chiffre universel. Il y a votre chiffre, celui qui vous permet de dormir sans vous demander « et si quelque chose arrive ce mois-ci ? »


Où placer cette épargne de précaution une fois le montant défini ?

Deux critères absolus : disponibilité immédiate et capital garanti. Ce n’est pas le moment de chercher le rendement.

Le Livret A et le LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire) répondent exactement à ces deux critères. Votre argent est accessible en quelques jours, garanti par l’État, et vous n’avez aucune fiscalité à gérer sur les intérêts. À 1 % en 2022, le rendement est modeste. Mais ce n’est pas le sujet : cette épargne n’est pas là pour vous enrichir. Elle est là pour vous protéger.

Le compte courant, lui, ne rapporte rien et expose votre épargne de précaution à la tentation de la dépenser. Psychologiquement, avoir 8 000 € sur un Livret A clairement fléché « urgences » fonctionne mieux qu’avoir 8 000 € mélangés à votre argent du mois sur votre compte principal.

Une seule règle : ne pas toucher à cette épargne pour autre chose que de vraies urgences. Pas pour financer des vacances, pas pour une opportunité qui semble bonne. Si vous y puisez, reconstituez-la avant de reprendre vos investissements.


Quelle erreur la plupart des gens font avec leur épargne de précaution ?

Deux erreurs opposées, et elles sont toutes les deux fréquentes.

La première : avoir trop peu. Investir avec un filet de sécurité insuffisant force à vendre au mauvais moment. Les marchés financiers baissent souvent lors des crises économiques, c’est-à-dire exactement quand vous risquez d’avoir besoin d’argent. Vendre dans ces conditions, c’est transformer une perte temporaire en perte définitive.

La deuxième : avoir trop. J’ai parlà des personnes qui gardaient 40 000, 50 000 € sur des Livrets A « au cas où ». Avec une inflation à 3,6 %, l’excédent par rapport à leur besoin réel perdait plusieurs centaines d’euros de pouvoir d’achat chaque année, sans raison valable.

L’épargne de précaution n’est pas un objectif en soi. C’est un outil. Une fois qu’elle est constituée au bon niveau, chaque euro supplémentaire qu’on y laisse a un coût d’opportunité réel.

J’ai moi-même fait cette erreur pendant des années. J’avais un Livret A bien garni, un sentiment rassurant de « sécurité financière », et en réalité une bonne partie de cet argent aurait pu travailler autrement depuis longtemps. Ce n’est pas une erreur grave. C’est une erreur courante, et elle se corrige.


FAQ

Dois-je atteindre le montant cible avant d’investir le moindre euro ?

Pas nécessairement. Si vous avez déjà deux mois de dépenses de côté et une situation professionnelle stable, vous pouvez commencer à investir de petites sommes en parallèle, tout en continuant à alimenter votre épargne de précaution. L’important est de ne pas investir la totalité de vos liquidités disponibles si votre filet de sécurité est encore insuffisant.

Le Livret A est-il le seul endroit où mettre son épargne de précaution ?

Non. Le LDDS (Livret de Développement Durable et Solidaire) fonctionne exactement de la même façon et offre un plafond complémentaire de 12 000 €. Vous pouvez utiliser les deux. Si votre épargne de précaution dépasse 35 000 €, ce qui est rare pour un usage strictement sécuritaire, un compte sur livret bancaire classique peut compléter, avec une fiscalité légèrement moins favorable.

Et si j’ai déjà un crédit immobilier : est-ce que ça change le calcul ?

Oui, légèrement. Votre remboursement de crédit entre dans les dépenses fixes à couvrir. Mais si vous perdez votre emploi et avez des difficultés temporaires, les banques acceptent en général des aménagements de remboursement. L’épargne de précaution en cas de crédit immobilier peut donc être légèrement inférieure à ce qu’elle serait sans. Cela reste une discussion à avoir au cas par cas avec votre conseiller bancaire.

Je ne suis pas conseiller en gestion de patrimoine. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé en investissement.

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