C’est quoi un PEA ? Le placement fiscal que la plupart des Français ignorent

Le Plan d'Épargne en Actions existe depuis 1992. Il est disponible dans toutes les banques françaises, sans condition de revenus, sans concours. Et pourtant, selon les données…

Le Plan d’Épargne en Actions existe depuis 1992. Il est disponible dans toutes les banques françaises, sans condition de revenus, sans concours. Et pourtant, selon les données de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers), moins de 15 % des ménages français en détiennent un. Si vous faites partie des 85 % restants, ce que je vais vous expliquer dans les prochaines minutes va probablement vous faire regretter de ne pas l’avoir ouvert plus tôt.


Qu’est-ce qu’un PEA, et pourquoi si peu de Français en ont ouvert un ?

Un PEA est une enveloppe fiscale qui vous permet d’investir en actions européennes (et dans certains ETF) en bénéficiant d’une fiscalité très allégée après cinq ans de détention.

Concrètement : vous ouvrez un compte, vous y versez de l’argent (jusqu’à 150 000 € au maximum par personne), vous investissez dans des actions ou des fonds éligibles, et vos gains s’accumulent sans être imposés tant que vous ne retirez pas. Quand vous retirez après cinq ans, vous ne payez que les prélèvements sociaux (17,2 %). Zéro impôt sur le revenu sur vos plus-values.

C’est ça, l’avantage du PEA. Et il est massif.

Pourquoi si peu de gens en ont un ? Plusieurs raisons, qui se cumulent. Le nom est peu évocateur. La mécanique des cinq ans fait peur (à tort, j’y reviens). Et surtout, les banques traditionnelles n’ont pas toujours intérêt à vous orienter vers un produit aussi transparent, dont les frais sont facilement comparables.


Quel est l’avantage fiscal du PEA par rapport à un compte-titres ordinaire ?

Sur un compte-titres ordinaire (CTO), chaque fois que vous vendez une action avec une plus-value, vous êtes imposé. Le taux est celui de la « flat tax » : 30 % au total (12,8 % d’impôt sur le revenu plus 17,2 % de prélèvements sociaux). Si vous avez gagné 5 000 € sur une action, l’État en prend 1 500 €. Immédiatement.

Sur un PEA, les choses fonctionnent différemment. Vous pouvez acheter, vendre, réinvestir à l’intérieur de l’enveloppe autant que vous voulez, sans déclencher d’imposition. L’impôt n’intervient que lorsque vous retirez de l’argent, et seulement après cinq ans, uniquement les prélèvements sociaux s’appliquent (17,2 %).

Prenons un exemple pour rendre ça concret. Vous investissez 10 000 € et votre portefeuille vaut 18 000 € huit ans plus tard. Plus-value : 8 000 €.

Sur un CTO : vous payez 2 400 € d’impôts (30 %). Il vous reste 15 600 €. Sur un PEA : vous payez 1 376 € (17,2 %). Il vous reste 16 624 €.

Différence : plus de 1 000 € sur un seul retrait. Sur vingt ans d’investissement régulier, cet écart se chiffre en dizaines de milliers d’euros.


Quelles sont les règles essentielles à connaître avant d’ouvrir un PEA ?

Elles sont peu nombreuses, mais importantes.

Vous ne pouvez avoir qu’un seul PEA par personne. Un foyer fiscal composé de deux personnes peut donc en avoir deux, un chacun. Le plafond de versements est de 150 000 € par PEA. Une fois plafond atteint, vous ne pouvez plus verser, mais les plus-values continuent de s’accumuler à l’intérieur.

Tout retrait avant cinq ans entraîne la fermeture du plan. C’est la règle qui fait le plus peur, souvent à tort. Vous pouvez effectuer des retraits partiels après cinq ans sans fermer le plan. Avant cinq ans, tout retrait entraîne la clôture et une fiscalité moins favorable. C’est pourquoi il est conseillé de n’y mettre que de l’argent dont vous n’aurez pas besoin à court terme.

Les supports éligibles sont limités aux actions européennes et à certains ETF. Vous ne pouvez pas acheter des actions américaines directement dans un PEA. Mais vous pouvez acheter un ETF MSCI World éligible au PEA, qui lui-même détient des actions du monde entier. La restriction légale sur les titres en direct ne s’applique pas aux ETF de la même façon, ce qui ouvre l’essentiel de l’univers d’investissement mondial via des fonds indiciels.

La date d’ouverture compte, pas le montant versé. Vous pouvez ouvrir un PEA avec 1 € et n’y investir vraiment que plus tard. L’horloge des cinq ans démarre dès l’ouverture. Si vous n’avez pas encore de PEA, c’est aujourd’hui qu’il faut l’ouvrir, même si vous n’avez pas encore décidé quoi y mettre.


Le PEA convient-il à tous les profils d’épargnants, ou y a-t-il des exceptions ?

Le PEA est adapté à la grande majorité des épargnants qui ont un horizon d’investissement supérieur à cinq ans. Ce qui exclut :

L’argent dont vous pouvez avoir besoin rapidement. Votre épargne de précaution n’a pas sa place dans un PEA. Un retrait imprévu avant cinq ans fermerait votre plan et vous coûterait les avantages fiscaux accumulés.

Les personnes dont la situation fiscale particulière rend la flat tax avantageuse. Si votre tranche marginale d’imposition est très basse (inférieure à 11 %), le CTO peut parfois s’avérer aussi intéressant que le PEA sur certaines durées. Mais c’est un cas de figure rare.

Pour tous les autres, le PEA est le meilleur outil disponible en France pour investir en actions sur le long terme. Ce n’est pas une opinion. C’est ce qui ressort de n’importe quelle comparaison fiscale sérieuse entre les enveloppes disponibles.


FAQ

Peut-on avoir un PEA et une assurance vie en même temps ?

Oui, et c’est même la combinaison recommandée par la plupart des spécialistes en gestion de patrimoine. Les deux enveloppes sont complémentaires : l’assurance vie pour la flexibilité et la transmission, le PEA pour l’optimisation fiscale maximale sur les actions.

Que se passe-t-il si on dépasse le plafond de 150 000 € de versements ?

Les versements sont simplement bloqués une fois le plafond atteint. Mais les plus-values et dividendes continuent de s’accumuler à l’intérieur du plan, au-delà du plafond de versement. Certains PEA dépassent plusieurs centaines de milliers d’euros de valeur sans que cela pose de problème légal, à condition que les versements initiaux n’aient pas dépassé 150 000 €.

Est-il risqué d’investir sur un PEA si les marchés sont en baisse comme en 2022 ?

Un PEA n’est pas risqué en lui-même : c’est une enveloppe fiscale. Ce qui est plus ou moins risqué, c’est ce que vous y mettez. Un ETF indiciel diversifié sur un PEA, conservé sur dix ou quinze ans, présente un profil de risque documenté par des décennies de données. Le risque principal n’est pas la baisse des marchés sur un an. C’est de vendre au mauvais moment, ou de ne jamais commencer.

Je ne suis pas conseiller en gestion de patrimoine. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé en investissement.

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