Silicon Valley Bank a fait faillite le 10 mars. Signature Bank a suivi deux jours plus tard. Credit Suisse, l’une des plus grandes banques mondiales, a dû être rachetée d’urgence par UBS le 19 mars avec l’aide des autorités suisses. En quelques jours, des images de file d’attente devant des distributeurs ont circulé sur les réseaux sociaux et la question a commencé à émerger dans les discussions : « Est-ce que mon argent est en sécurité ? »
Si vous avez un PEA, une assurance vie ou des ETF, voici ce que vous devez comprendre.
Pourquoi la faillite d’une banque menace les dépôts mais pas les titres financiers ?
La distinction essentielle est celle entre un dépôt et un titre financier.
Quand vous déposez de l’argent sur un compte courant ou un livret, cette somme devient juridiquement une créance sur votre banque. Votre banque peut utiliser ces fonds. En cas de faillite, vous êtes créancier de l’établissement, au même titre que d’autres. Le Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution (FGDR) en France couvre jusqu’à 100 000 € par déposant et par établissement, ce qui protège la grande majorité des épargnants ordinaires.
Quand vous achetez des actions, des ETF ou tout autre titre financier via un PEA ou un compte-titres, ce n’est pas la même mécanique. Ces titres ne font pas partie du bilan de la banque. Ils vous appartiennent, et sont déposés dans un compte de titres dit ségrégué, c’est-à-dire séparé des actifs propres de l’établissement. Si votre courtier fait faillite, vos titres ne sont pas perdus : ils sont transférés vers un autre établissement.
Ce principe de ségrégation est réglementé en France par l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) et encadré au niveau européen par la directive MiFID II. Ce n’est pas une promesse commerciale. C’est une obligation légale.
Qu’est-ce qui s’est réellement passé avec SVB, et pourquoi cela ne concerne pas votre épargne ?
Silicon Valley Bank était une banque américaine très concentrée sur un segment particulier : les startups de la tech et leurs investisseurs. Quand les taux d’intérêt ont fortement remonté en 2022 et 2023, la valeur de son portefeuille d’obligations à long terme a chuté. La banque a dû réaliser des pertes pour faire face aux retraits de ses clients, ce qui a déclenché une panique bancaire classique.
Ce qui s’est passé avec SVB est un problème de gestion des risques dans un contexte de hausse brutale des taux. C’est sérieux. Mais c’est fondamentalement différent d’un effondrement du marché actions ou d’un problème touchant les ETF indiciels que vous détenez.
Un ETF MSCI World représente une part de 1 500 entreprises mondiales réparties dans 23 pays. Ces entreprises n’ont pas disparu. Leurs valorisations ont fluctué, comme elles le font en permanence. Les ETF eux-mêmes ont continué à s’échanger normalement pendant toute la crise bancaire de mars 2023.
Votre assurance vie est-elle exposée à un risque bancaire ?
La réponse mérite une nuance.
Les actifs détenus dans une assurance vie (que ce soit en fonds euros ou en unités de compte) sont juridiquement séparés du bilan de l’assureur. Si votre assureur fait faillite, le Fonds de Garantie des Assurances de Personnes (FGAP) couvre jusqu’à 70 000 € par assuré. Cette garantie est moins étendue que celle des dépôts bancaires, mais reste substantielle pour la majorité des épargnants.
La solidité de votre assureur est donc un critère pertinent, même si les grandes compagnies d’assurance françaises (Crédit Agricole Assurances, Axa, CNP, etc.) font l’objet d’une supervision rigoureuse de l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution). Une faillite d’assureur est un événement extrêmement rare dans l’histoire financière française récente.
Pour les unités de compte de votre assurance vie, la même logique que pour les ETF en PEA s’applique : les titres sous-jacents vous appartiennent et sont ségrégués.
Que faire en période de turbulences bancaires : changer quelque chose ou non ?
Pour un investisseur passif avec un PEA et une assurance vie, la réponse est : rien de spécifique à faire.
La diversification que vous avez construite avec des ETF indiciels est précisément ce qui vous protège des événements idiosyncratiques (la faillite d’une banque particulière, l’effondrement d’un secteur). Vos titres ne se concentrent pas sur SVB ou Credit Suisse. Ils représentent l’économie mondiale dans son ensemble.
Ce que vous pouvez vérifier en revanche : votre épargne de précaution est-elle dans un établissement couvert par le FGDR ? Si vous avez plus de 100 000 € en liquidités dans la même banque, répartissez-les sur plusieurs établissements. Pour la grande majorité des épargnants, ce plafond n’est pas atteint, et la question ne se pose pas.
FAQ
Les ETF peuvent-ils faire faillite comme une banque ?
Un ETF lui-même peut être liquidé par son émetteur si son encours devient trop faible. Dans ce cas, vous récupérez la valeur de vos parts au moment de la liquidation. Ce n’est pas une faillite au sens bancaire : vous ne perdez pas votre investissement, vous êtes remboursé à la valeur du marché. Le risque n’est pas une perte totale, mais une clôture contrainte parfois au mauvais moment. C’est une raison de préférer des ETF à fort encours et à forte liquidité.
Mon PEA est-il en sécurité si mon courtier en ligne fait faillite ?
Oui, dans les conditions prévues par la réglementation. Vos titres sont ségrégués et vous appartiennent. En cas de défaillance du courtier, l’AMF intervient pour organiser le transfert de vos titres vers un autre établissement. Le Fonds de Garantie des Dépôts couvre par ailleurs les espèces non investies jusqu’à 70 000 € dans le cadre d’un PEA.
Faut-il diversifier entre plusieurs courtiers pour réduire le risque ?
Si votre portefeuille total est inférieur à 70 000 € en liquidités non investies, la couverture du FGDR est suffisante. Pour les titres eux-mêmes, la ségrégation réglementaire vous protège quel que soit le montant. Diversifier entre plusieurs courtiers ajoute de la complexité de suivi sans nécessairement apporter une protection supplémentaire significative pour un épargnant individuel de taille modeste.