Fin 2024, le Bitcoin a dépassé 100 000 dollars. Début 2025, il a continué à s’afficher dans les médias, dans les conversations, sur les réseaux sociaux. Des gens ordinaires — un voisin, un collègue, un cousin — racontaient des gains spectaculaires. Et vous, avec votre ETF MSCI World qui progressait tranquillement, vous avez peut-être ressenti quelque chose.
Ce quelque chose a un nom : le FOMO. Fear Of Missing Out. La peur de passer à côté.
Qu’est-ce que le FOMO en investissement, et pourquoi est-il particulièrement dangereux ?
Le FOMO est une réaction émotionnelle à l’observation d’une performance que vous n’avez pas capturée. Il génère deux comportements typiques, tous deux destructeurs de valeur à long terme.
Le premier : entrer sur un actif après une forte hausse, parce que vous avez peur que ça continue à monter sans vous. C’est acheter haut, motivé par l’enthousiasme collectif plutôt que par une analyse de la valeur intrinsèque.
Le second : remettre en question votre stratégie existante parce qu’elle semble « moins bien » comparée à l’actif qui fait la une. Vous regardez votre ETF MSCI World à +12 % sur l’année et vous vous demandez si vous n’avez pas fait le mauvais choix face au Bitcoin à +100 %.
Ces deux comportements ont en commun de comparer des choses incomparables : un placement à risque extrême et haute volatilité d’un côté, une stratégie d’investissement diversifié long terme de l’autre.
La comparaison Bitcoin vs ETF MSCI World est-elle pertinente ?
Non, et comprendre pourquoi vous libère de la jalousie de performance.
Un ETF MSCI World représente des entreprises réelles, avec des salariés, des actifs, des brevets, des marges et des flux de trésorerie. Il a une valeur sous-jacente ancrable dans l’économie réelle. Sa performance sur longue période est corrélée à la croissance économique mondiale.
Le Bitcoin est un actif spéculatif dont la valeur repose entièrement sur l’accord collectif de ses détenteurs. Il n’a pas de flux de trésorerie, pas de bénéfice, pas de valeur comptable. Son prix est déterminé par l’offre et la demande, elles-mêmes largement pilotées par la psychologie des marchés et l’effet momentum.
Cela ne signifie pas que le Bitcoin ne peut pas monter davantage. Cela signifie que vous ne pouvez pas raisonnablement modéliser sa trajectoire future sur dix ans. Ce que vous pouvez faire avec un ETF MSCI World — projeter une espérance de rendement de 7 % annualisé basée sur 30 ans de données — vous ne pouvez pas le faire avec le Bitcoin.
La volatilité réelle l’illustre. Le Bitcoin a perdu 80 % de sa valeur entre novembre 2021 et novembre 2022. Sur la même période, un ETF MSCI World avait perdu environ 13 %. L’écart de rendement dans les phases haussières est spectaculaire. L’écart de drawdown dans les phases baissières l’est tout autant.
Comment gérer psychologiquement le FOMO sans s’interdire d’y réfléchir ?
Il ne s’agit pas de nier l’existence du Bitcoin ou des cryptomonnaies. Il s’agit de cadrer honnêtement ce que représenterait une exposition à ces actifs dans votre stratégie.
Une question concrète : quelle perte pouvez-vous supporter sur la somme que vous envisageriez d’investir en crypto ? Si votre réponse est « 80 % », c’est le vrai niveau de risque historique. Si vous investissez 5 000 € et que ça tombe à 1 000 €, comment vous sentiriez-vous ? Si cette idée vous est insupportable, l’exposition n’est pas adaptée.
Une règle que certains investisseurs appliquent : le « money you can afford to lose » (l’argent que vous pouvez vous permettre de perdre). Si vous souhaitez une exposition crypto, limitez-la à 5 % maximum de votre portefeuille global, avec la conviction mentale que cette part peut aller à zéro. Au-delà de 5 %, vous prenez un pari concentré qui peut dominer votre résultat global.
Moi, personnellement, je n’ai pas de cryptomonnaies. Ce n’est pas parce que je pense que ça ne peut pas monter. C’est parce que je ne peux pas construire de projection raisonnée sur cet actif, et que je préfère concentrer mon épargne sur ce que je comprends et que je peux modéliser. Ce choix ne me convient peut-être pas universellement. Mais il est cohérent avec ma stratégie et mon tempérament.
Comment répondre concrètement quand quelqu’un vous demande « tu n’as pas de Bitcoin ? »
La réponse que j’ai appris à donner calmement : « Non. J’investis dans un indice monde depuis trois ans, j’ai eu de bons résultats, et ça correspond à ce que je veux construire sur vingt ans. Ce n’est pas la même chose. »
Pas besoin de justifier. Pas besoin de critiquer. Chacun sa stratégie, chacun sa tolérance au risque, chacun son horizon.
FAQ
Est-ce que des ETF Bitcoin existent maintenant, et sont-ils éligibles au PEA ?
Des ETF Bitcoin approuvés par la SEC ont été lancés aux États-Unis début 2024, et des ETP (Exchange-Traded Products) sur Bitcoin existent en Europe depuis plusieurs années. Ils ne sont pas éligibles au PEA, dont les supports sont limités aux actions européennes et aux fonds utilisant la réplication synthétique. Un ETP Bitcoin peut être logé dans un compte-titres ordinaire ou dans une assurance vie qui propose ce type de support.
L’investissement en ETF standard ne me fait pas « rater » les opportunités de rendement exceptionnel ?
Si. Par construction, une stratégie passive diversifiée capture la performance moyenne du marché, pas les performances exceptionnelles des actifs les plus dynamiques. C’est le coût de la diversification. En contrepartie, vous ne capturez pas non plus les pertes exceptionnelles des actifs les plus risqués. Sur longue période, cette asymétrie est favorable à l’investisseur passif.
Comment savoir si mon FOMO m’a poussé à prendre une mauvaise décision ?
Un test simple : avez-vous acheté un actif parce que vous avez analysé sa valeur et ses perspectives, ou parce que d’autres en parlaient et que le cours montait ? Si c’est la seconde raison, vous avez probablement agi sous l’effet du FOMO. Le remède n’est pas de vendre immédiatement, mais de poser sur papier les raisons pour lesquelles vous détenez cet actif et les conditions dans lesquelles vous le vendriez.