« L’inflation baisse, on va pouvoir respirer. » Cette phrase, je l’entends régulièrement depuis que l’inflation se modère en 2024 et début 2025. Elle traduit un soulagement réel et légitime. Et elle s’appuie sur une confusion conceptuelle importante qu’il vaut la peine de clarifier une bonne fois pour toutes.
La baisse de l’inflation ne signifie pas que les prix baissent. Elle signifie que les prix montent moins vite.
Quelle est la différence entre inflation, déflation et désinflation ?
Trois termes que les médias utilisent souvent de façon interchangeable, à tort.
L’inflation désigne une hausse générale et durable des prix. Quand l’INSEE publie une inflation de 3 %, cela signifie que le niveau général des prix est 3 % plus élevé qu’il y a un an.
La désinflation désigne une baisse du taux d’inflation. Les prix continuent de monter, mais moins vite. Passer d’une inflation à 6 % à une inflation à 2 %, c’est de la désinflation. Le niveau des prix ne recule pas : il continue d’augmenter, simplement à un rythme plus lent.
La déflation désigne une baisse du niveau général des prix. C’est un phénomène rare, redouté par les économistes parce qu’il tend à décourager la consommation et l’investissement (pourquoi acheter aujourd’hui si ça sera moins cher demain ?). L’Europe ne connaît pas de déflation générale en 2025.
Ce que vous vivez depuis 2024, c’est de la désinflation. Pas de la déflation. Le chariot de courses ne coûte pas moins cher qu’en 2022. Il coûte davantage. Simplement, la progression ralentit.
Combien avez-vous « perdu » en pouvoir d’achat depuis 2021 ?
Pour rendre cela concret, voici une approximation de l’inflation cumulée en France depuis le début du cycle inflationniste.
En 2021 : +1,6 % En 2022 : +5,9 % En 2023 : +4,9 % En 2024 : environ +2 %
L’inflation cumulée sur ces quatre années dépasse 14 à 15 %. Cela signifie qu’un panier de biens qui coûtait 100 € en janvier 2021 coûte environ 115 € en 2025. Ce n’est pas le taux d’inflation annuel qui repart à zéro chaque année. C’est une accumulation qui s’inscrit durablement dans les prix.
Pour récupérer ce pouvoir d’achat perdu, il faudrait de la déflation. Soit une baisse du niveau général des prix d’environ 15 %, ce qui ne s’est pas vu dans les économies développées depuis la Grande Dépression des années 1930. Ce n’est pas un scénario réaliste.
Pourquoi cette confusion a-t-elle des conséquences pratiques sur votre épargne ?
La confusion entre « inflation qui baisse » et « prix qui baissent » conduit à deux erreurs fréquentes.
La première : sous-estimer l’effort d’épargne nécessaire. Si vous planifiez un achat important (voiture, travaux, apport immobilier) sur la base des prix de 2020 ou 2021, vous risquez d’arriver à échéance avec un budget insuffisant. Les prix de référence ont monté de 15 %. Votre épargne projet doit être calibrée sur les prix actuels, pas sur ceux d’il y a quatre ans.
La seconde : penser que « c’est terminé » sur l’investissement long terme. L’inflation modérée à 2 % reste présente. Sur vingt ans, une inflation à 2 % annualisée représente une perte de pouvoir d’achat cumulée d’environ 33 % sur une somme non investie. Ce n’est pas spectaculaire à court terme. C’est considérable sur la durée.
Comment intégrer correctement cette réalité dans sa stratégie d’épargne ?
Deux ajustements pratiques.
D’abord, recalibrer vos objectifs d’épargne projet sur les prix actuels plutôt que sur vos estimations d’avant 2022. Si vous économisiez pour un apport immobilier de 40 000 € estimé en 2020, votre cible réelle en 2025 est probablement plus élevée. Refaites le calcul avec les prix du marché d’aujourd’hui.
Ensuite, maintenir le cap sur l’investissement long terme même quand l’inflation semble « sous contrôle ». Une inflation à 2 % n’est pas un problème immédiat. Elle est un grignotage silencieux qui, sur vingt ans, justifie pleinement de chercher un rendement supérieur à ce que peut offrir un livret réglementé.
Le Livret A à 2,4 % avec une inflation à 2 % vous laisse un taux réel de 0,4 %. C’est mieux que négatif. Ce n’est pas suffisant pour faire croître votre patrimoine de façon significative.
FAQ
Les salaires ont-ils rattrapé l’inflation depuis 2022 ?
En partie, mais pas complètement. Le SMIC a été revalorisé plusieurs fois depuis 2022 en suivant l’inflation, et de nombreux accords salariaux ont intégré des hausses significatives. Mais selon les données de l’INSEE, le pouvoir d’achat moyen des ménages français a subi une érosion nette sur la période 2022-2024, même si la situation s’améliore progressivement en 2025.
Si l’inflation est à 2 %, est-ce que mon épargne sur un compte courant se déprécie vraiment ?
Oui, à raison de 2 % par an. Sur 10 000 € laissés sur un compte courant pendant dix ans avec une inflation constante à 2 %, votre capital a toujours 10 000 € sur le relevé. Mais il ne peut acheter que l’équivalent de 8 200 € de biens et services calculés aux prix d’aujourd’hui. C’est silencieux. C’est réel.
Est-ce que l’immobilier protège contre l’inflation ?
Historiquement, l’immobilier est considéré comme une protection partielle contre l’inflation, parce que les loyers et les prix tendent à s’ajuster à la hausse sur longue période. Mais cette protection n’est pas automatique ni instantanée, et dépend fortement des marchés locaux, du type de bien et des conditions de crédit. Ce n’est pas le sujet de cet article, mais c’est une réalité à intégrer dans une réflexion patrimoniale globale.